Saison tardive ou saison précoce ? Chaque année, les observations recueillies par les Phénoclimeur·euses permettent de répondre à cette question. Depuis plus de vingt ans, les participant·es du programme Phénoclim suivent les rythmes saisonniers de plusieurs espèces d’arbres aux côtés des chercheurs et chercheuses du CREA Mont-Blanc, afin de mieux comprendre les effets du changement climatique sur la végétation.
Les observations du printemps 2026 sont désormais toutes saisies : il est temps de dresser le bilan de ce 22ᵉ printemps d’observation !


Le printemps le plus chaud jamais enregistré…
Commençons par un point climat… et pas des moindres.
Le printemps 2026 est le plus chaud jamais enregistré en France métropolitaine depuis le début des mesures en 1900, avec une température moyenne de 13,8 °C, soit une anomalie de +1,7 °C par rapport à la normale 1991-2020.
Les trois mois du printemps ont tous été plus chauds que la normale (+0,9°C en mars, +2,3°C en avril, +2°C en mai). Il devance les printemps 2011 (+1,5°C) et 2020 (+1,3°C).
Neuf des dix printemps les plus chauds ont d’ailleurs été observés après l’année 2000, signe d’un réchauffement qui s’accélère depuis quelques années.
Ce printemps a également été marqué par un épisode de chaleur inédit fin mai, avec des températures dépassant 30 °C sur près de 90 % du territoire, une situation exceptionnelle aussi tôt dans la saison. Et malgré quelques épisodes pluvieux en mai, le déficit de précipitations atteint 30 %, plaçant le printemps 2026 parmi les dix plus secs depuis 1959.
(Source des données : Météo-France)
Chaque nouveau record rappelle que le climat évolue et que les printemps exceptionnellement chauds deviennent de plus en plus fréquents.
Justement, avec un printemps aussi chaud et sec, comment les arbres de montagne ont-ils réagi ?
Les observations des Phénoclimeur·euses apportent des éléments de réponse.
Du côté des observations des arbres



Les températures printanières influencent directement le réveil de la végétation. Grâce aux milliers d’observations réalisées par les participant·es au programme Phénoclim, il est possible de calculer un indice de printemps à l’échelle des Alpes ou décliné pour différents espaces naturels protégés.
Qu’est-ce que l’indice de printemps ?
L’indice de printemps est calculé à partir des observations de débourrement recueillies par les participant·es de Phénoclim, croisées avec les données issues des stations de température.
Calculé chaque année à l’échelle de l’ensemble des Alpes et pour plusieurs territoires, il permet de situer la précocité ou le retard d’un printemps donné, en nombre de jours, par rapport à la moyenne des vingt dernières années (référence 2006-2026).
Les tendances pouvant être différentes selon les altitudes, l’indice est calculé en distinguant ce qui se passe dans deux classes d’altitude : en-dessous de 1050m et au-delà de cette limite.
L’indice de printemps permet ainsi de transformer des milliers d’observations individuelles en un indicateur synthétique du démarrage de la végétation, et de suivre son évolution au fil des années.
Résultat : un démarrage de la végétation parmi les plus précoces depuis vingt ans
Pour ce printemps 2026 : les arbres montagnards ont démarré leur saison avec 6,6 jours d’avance par rapport à la moyenne 2006-2026.
Cette avance place le printemps 2026 parmi les trois printemps les plus précoces des vingt dernières années, entre les printemps 2011 (7,6 jours d’avance) et 2007 (5,5 jours d’avance).
Cette précocité est un marqueur bien visible des conditions exceptionnelles de ce printemps, quand les températures augmentent, les arbres répondent en avançant leur calendrier de débourrement.
Mais quelles sont les conséquences d’un printemps qui arrive 7 jours en avance ?
Un printemps plus précoce n’est pas sans conséquence pour les écosystèmes…
Un débourrement avancé de quelques jours peut sembler anodin, mais il a des répercussions bien au-delà des arbres eux-mêmes.
Un débourrement précoce des arbres les expose davantage au risque de gel et peut entraîner une désynchronisation de certaines interactions entre espèces.
Si le rythme saisonnier d’une espèce se décale plus vite que celui de ses partenaires écologiques, les rendez-vous peuvent se manquer : cela pourrait être le cas pour le débourrement des arbres et les espèces consommant leurs feuilles, ou pour la floraison et les pollinisateurs (ça vous rappelle quelque chose ? Foncez lire notre article sur le sujet : Rendez-vous manqués en altitude ?)
C’est précisément pour mieux comprendre ces mécanismes que vos observations sont si précieuses.
Et pendant cet été ? Deux observations clés à ne pas manquer : focus sur les observations estivales.
Repérez les anomalies phénologiques !
Avec le changement climatique, on observe l’apparition de phénomènes phénologiques inattendus, tels que des doubles débourrements ou des doubles floraisons. (Voir notre article de blog sur le dernier article scientifique publié à ce sujet : La nature perd ses repères) Concrètement, après une première phase de croissance ou de floraison au printemps, certaines plantes peuvent déclencher un second débourrement ou refleurir plus tard dans la saison – parfois en été, voire en automne.
Ces événements restent rares, mais présentent un grand intérêt scientifique. Ils témoignent de perturbations du fonctionnement saisonnier de la végétation et peuvent avoir des conséquences sur leur reproduction, les pollinisateurs ou l’ensemble des écosystèmes.
En parlant de reproduction, observez la fructification !
La fructification varie fortement d’une année à l’autre. Elle dépend notamment des conditions météorologiques, mais aussi de la stratégie de reproduction propre à chaque espèce.
Il s’agit d’estimer le nombre de fruits présents sur l’arbre.
Les observations concernent les hêtres, frênes communs, noisetiers, sorbiers des oiseleurs, épicéas, mélèzes et sapins pectinés.
Aide pour l’observation de la fructification :
Pour les conifères (épicéas, sapins et mélèzes), pensez à ne compter que les cônes de l’année.
Pour le sorbier et le frêne, les fruits sont regroupés en infrutescences contenant plusieurs fruits. Pour ces deux espèces, vous pouvez estimer le nombre de fruits sur trois infrutescences, puis appliquer cette estimation à chaque infrutescence de l’arbre.



Même lorsqu’il s’agit d’une estimation, faites-vous confiance : chaque observation est une contribution utile !
Ces observations sont à réaliser idéalement en août ou en septembre ! Deux bonnes raisons, donc, de garder l’œil ouvert sur les arbres cet été !
Et l’automne n’est plus très loin…

Le printemps est terminé, l’été bat son plein… et pourtant, l’automne n’est plus très loin ! Les premiers changements de couleur s’observent déjà pour certaines espèces…
Pas de vacances pour les arbres !
La communauté scientifique étudie depuis très longtemps la phénologie printanière au travers des dates de floraison, de débourrement et de feuillaison. La tendance générale à la précocité pour ces stades est bien connue. A l’inverse, la sénescence des feuilles à la fin de l’été ou à l’automne est bien moins étudiée et donc comprise…
Pour Phénoclim, 5 espèces sont concernées par les observations du changement de couleur des feuilles : les bouleaux pubescents et verruqueux, les hêtres, les mélèzes et les sorbiers.
Vous avez l’une de ces espèces près de chez vous ?
Rejoignez la communauté Phénoclim sur SPOT et observez le changement de couleur des feuilles cet automne !
Merci à celles et ceux qui rendent ce suivi possible
Ces résultats n’existeraient pas sans vos observations !
Chaque bourgeon observé, chaque feuille qui change de couleur, chaque fructification estimée contribue à mieux comprendre la réponse de nos arbres de montagne face au changement climatique et à construire des indicateurs sur le long terme.
Merci à toutes et à tous pour votre engagement… et rendez-vous sur le terrain cet été puis cet automne pour poursuivre l’aventure Phénoclim !
Ces observations de terrain se combinent avec les données de température recueillies par notre réseau de 60 stations climatiques déployées dans les Alpes. Un réseau que nous devons à notre partenaire Orange, qui nous accompagne depuis 2014. Orange installe et maintient une partie de ces stations, et intervient en cas de problème sur les capteurs ou les batteries. Ces capteurs enregistrent des données toutes les 15 minutes, offrant un suivi en temps réel des conditions sur l’ensemble de nos sites d’observation, répartis à différentes altitudes et expositions. Toutes ces données sont accessibles et téléchargeables sur Frost.

Merci à Orange pour sa fidélité et son engagement : un bel exemple de la technologie au service de l’écologie.






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