Comment les lièvres variable évoluent avec leur milieu

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Les espèces arctico-alpines sont les premières à subir les effets du changement climatique, encore plus marqué dans les zones de montagne, qui bouleverse leur habitat naturel. Afin de comprendre les évolutions en cours et la manière dont elles s’y adaptent, le CREA Mont-Blanc participe à un vaste programme d’observation des espèces blanches réalisé sur l’ensemble des Alpes françaises. Premier volet de cette série d’articles : le lièvre variable.

Lièvre variable à l’abri © Parc National des Écrins, Marc Corail

Avec le retour de la neige, la troisième campagne saisonnière d’observation du lièvre variable a démarré. Pendant la période hivernale, chercheurs du CREA Mont-Blanc et bénévoles arpenteront des zones prédéfinies dans le massif, à la recherche des crottes laissées dans la neige par cet animal caractéristique des milieux froids et de montagne. Le lièvre variable doit son nom au fait que son pelage change de couleur l’hiver pour passer inaperçu dans la neige et se dissimuler à ses prédateurs. 

En compétition avec le lièvre d’Europe

Anne Delestrade collecte des crottes de lièvre dans le massif du Mont-Blanc
Photo : © CREA Mont-Blanc

L’objectif de l’étude est de faire un état des lieux de cette espèce à la fois emblématique et mal connue dont l’environnement naturel se transforme sous l’effet du changement climatique et de la réduction des périodes d’enneigement. Elle doit permettre de répondre à plusieurs questions : quelle est la distribution des lièvres variables en hiver, quels sont les facteurs qui déterminent leur présence et comment ils se partagent le territoire avec le lièvre d’Europe. « Comme toutes les espèces de plaine, le lièvre d’Europe gagne du terrain et monte en altitude. Nous étudions la compétition entre les deux espèces et l’évolution de leur distribution, notamment sur les zones où elles se rencontrent. Nous cherchons aussi à mesurer les liens entre les populations sur les différents massifs », décrit Anne Delestrade, qui dirige ces recherches. 

Cette étude sur le massif du Mont-Blanc s’inscrit dans le cadre plus large du projet européen POIA (Programme opérationnel interrégional du massif des Alpes). Réalisé en partenariat avec les parcs nationaux du Mercantour et des Ecrins, le parc régional du Queyras et l’Office français de la biodiversité, celui-ci vise à avoir une vision d’ensemble de la situation du lièvre blanc dans les Alpes françaises.

Des traces de lièvre dans la neige.
Photo : © Parc National des Ecrins, Coulon Mireille

Analyse génétique et paramètres environnementaux

La « traque » du lièvre variable se déroule selon un protocole très précis, qui présente l’intérêt de ne pas déranger les individus et de ne pas modifier le milieu. Une trentaine de mailles, des carrés de 2 km de côté, couvrant une altitude de 800 m à 2200 m environ, représentatives des différents milieux du massif, ont été déterminées. Chacune fait l’objet d’une exploration dans un délai de 2 à 7 jours après une chute de neige. « Nous effectuons chaque saison une dizaine de journées d’observation. Pendant une journée, avec quelques volontaires que nous avons formés spécialement, nous parcourons la maille et nous ramassons toutes les crottes que nous rencontrons, en notant l’endroit précis où nous les trouvons », explique Anne. L’analyse génétique des prélèvements réalisée en laboratoire, permet de déterminer s’il s’agit d’un lièvre variable ou d’un lièvre d’Europe. Les résultats sont ensuite comparés avec les informations sur l’environnement : durée d’enneigement, pente, distance à la forêt… « Au terme des trois saisons, après la phase d’analyse génétique et statistiques des différentes mailles, nous aurons ainsi un état initial de la répartition des deux espèces et de leurs zones de chevauchement. L’objectif est aussi de faire une modélisation, afin de pouvoir prédire des évolutions éventuelles en lien avec les scénarios climatiques futurs. » 

Tout au long de l’année, le CREA Mont-Blanc complète ce protocole par l’analyse des pièges photos installés en permanence sur différentes placettes, qui donnent des informations localisées sur les différences saisonnières. L’achèvement du programme donnera lieu à une exposition présentée dans plusieurs refuges à partir de l’été 2022, puis à la publication d’un livret restituant les résultats à la fin de l’année.


Ce film d’animation présente sur un ton pédagogique et très accessible les deux espèces étudiées dans le cadre du programme européen POIA, lièvre variable et lagopède alpin, et les dangers auxquels elles font face.

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