
Le 15 avril, une douzaine de curieux·ses nous ont rejoint à Vallorcine.
Au programme : compter des pontes de grenouilles et observer des arbres.
Spoiler : c’est beaucoup plus addictif qu’il n’y paraît !
Première étape : la mare aux grenouilles rousses 🐸
Première halte : la mare de l’office du tourisme de Vallorcine (1 266 mètres d’altitude), suivie depuis 2009 dans le cadre de notre programme Compte-Ponte. Un spot idéal pour présenter ce programme de sciences participatives, l’un des préférés de nos fidèles bénévoles fan d’amphibiens. La mare comptabilise actuellement plus de 230 observations !
Pourquoi c’est important ?
Les grenouilles, comme l’ensemble des amphibiens, sont des animaux poïkilothermes : leur température corporelle dépend directement de celle de leur environnement. Cela signifie que leur rythme de vie — croissance, déplacements, reproduction — est étroitement lié aux conditions extérieures (Walther 2002 ; Carey et al. 2003). Dans les régions tempérées, le réchauffement printanier de l’air et de l’eau agit comme un signal : il déclenche plus tôt la sortie d’hibernation et les premières activités reproductrices, comme le chant des mâles (Reading 1998).
Chez la grenouille rousse, cette sensibilité en fait une véritable espèce sentinelle du changement climatique. Un déneigement précoce peut avancer la période de ponte, parfois de plusieurs jours, voire semaines… Comme nous avons pu l’observer cette année. Mais ce décalage n’est pas sans risque. Pondre plus tôt expose davantage les œufs à des épisodes de gel tardif : on observe alors des pontes gelées, souvent non viables. À l’inverse, plus tard dans la saison, les sécheresses estivales peuvent assécher les mares avant la fin du développement, mettant en péril les têtards encore en croissance.
C’est dans ce contexte que le CREA Mont-Blanc a mis en place le suivi “compte-ponte”, un programme qui nous permet de suivre les cycles de développement de cette espèce sentinelle à différentes altitudes, afin de mieux comprendre les effets des changements climatiques en montagne.
Missions du groupe :
- estimer le nombre de pontes de grenouille rousse (Rana temporaria) en distinguant les fraîches, les gelées et celles plus anciennes
- observer les premiers têtards, en distinguant les premiers stades de développement
Mais Océane, comment distinguer les pontes fraîches, les pontes gelées des pontes déjà en développement ?

Accroupis au bord de l’eau, chacun·e s’est prêté·e au jeu du comptage. Pas si simple quand les pontes forment de véritables tapis !
Voici les résultats après le calcul de la moyenne de toutes les estimations du groupe : 65 pontes dénombrées, 28 pontes fraîches dont 17 pontes gelées !
Astuce terrain 🖐️
Pour estimer les pontes sans se perdre, on utilise la règle de la main : une taille de main = 1 ponte.
Le saviez-vous ?
1 ponte = 1 femelle donc 65 pontes = 65 femelles.
Pas mal pour une seule mare d’environ 15 m² !
Les têtards – déjà observés pour les pontes les plus précoces – vont ensuite faire le plein de ressources pendant plusieurs semaines avant de développer leurs pattes arrières, puis leurs pattes avants et devenir de belles petites grenouillettes ! Dans notre programme compte-ponte, on suit l’avancement du cycle de développement en notant les stades que l’on a observé. Ce jour-là à Vallorcine, nous avons eu la chance de voir du stade 0, du stade 1, 2 et 3 ! On retournera les voir d’ici fin mai-début juin, où les stades 4 devraient faire leur apparition, d’après nos données des années passées….
Deuxième étape : les arbres Phénoclim 🌿

Deuxième partie de la sortie avec notre programme Phénoclim, qui suit les rythmes saisonniers de 13 espèces depuis 2004. Sur cette sortie terrain, trois arbres étaient à observer par petits groupes : un épicéa, un mélèze et un sorbier.
Les bourgeons sont-ils ouverts ? Si oui, est-ce le cas pour 10%, 50% ou 80% d’entre eux ? Est-ce une fleur mâle ou femelle ? Des questions qui, guidées par les fiches de terrain, deviennent de vraies données scientifiques.
Pourquoi c’est important ?
Le vivant est très lié au climat. Les cycles saisonniers des espèces, c’est-à-dire de leur « phénologie » sont dictés entre autres par les températures. Les arbres en montagne en sont un bon exemple.
Le développement printanier des arbres est principalement contrôlé par l’évolution des températures à la fin de l’hiver et au début du printemps. En effet, après une période de dormance hivernale où l’activité des arbres est réduite par le froid, la photosynthèse reprend lorsqu’une quantité suffisante de chaleur s’accumule au fil des semaines, signal que le printemps est vraiment revenu. Les bourgeons peuvent alors éclore, les arbres fleurir, la saison de croissance s’amorcer.
En combinant des observations phénologiques avec un réseau de stations climatiques en altitude, le programme Phénoclim permet de mesurer concrètement l’impact du changement climatique sur ces rythmes saisonniers : quels ont été les décalages des événements saisonniers (comme la floraison) au cours des dernières décennies ? Comment prédire ces décalages dans le futur ? Est-ce que ces décalages sont les mêmes pour toutes les espèces, toutes les altitudes, tous les massifs de montagne ?
Ce jour là, l’épicéa était encore bien fermé. Nous avons pu observer une belle feuillaison chez le mélèze qui avait dépassé les 10%. Quant au sorbier, ses feuilles commençaient doucement à s’ouvrir… Un vrai débat collectif pour savoir si le stade des 10% était atteint ! Collectivement, nous sommes finalement parvenus aux mêmes conclusions, un beau travail d’équipe.
Vous aussi lancez-vous !
Dans le cadre de nos études sur l’impact du changement climatique, nous avons besoin de séries de données sur le long terme. Il faut 30 ans de données pour réellement parler de tendance. Alors si vous avez des arbres proches de chez vous, lancez-vous !
Pour vous aider vous pouvez visionnernotre dernier webinaire.
Et sinon, on vous donne rendez-vous à Loriaz pour nos prochaines sorties terrain !
- le mercredi 20 mai 2026 (inscriptions via ce lien)
- le mercredi 27 mai 2026 (lien à venir)
- le mercredi 03 juin 2026 (lien à venir)
Direction les placettes de myrtilles, les arbres et mares de Loriaz.
Si vous avez raté la sortie à Vallorcine, la montée en altitude nous fera remonter le temps… Il y a environ 8 à 12 jours de décalage sur les stades de développement de la grenouille rousse par 100 mètres de dénivelé. On pourra donc voir tout autant de stades de développement fin mai à Loriaz que mi-avril à Vallorcine 😉
L’occasion de comparer les grenouilles d’en bas avec celles d’en haut !
Et encore merci à l’équipe du Marathon du Mont-Blanc – Camille, Pauline, Alice et Magali – pour leur belle mise en lumière de notre évènement : https://www.marathonmontblanc.fr/sortie-terrain-vallorcine-au-rythme-des-saisons
On vous laisse le mot de la fin, parce que c’est toujours vous qui en parlez le mieux !
“Sortie scientifique à Vallorcine avec CREA Mont-Blanc, magnifique expérience pour découvrir la nature avec le programme Compte-ponte et Phénoclim 👏 🐸 🌳 🌲.” — Katia, participante






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