Comment nous prenons la température du massif

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Le réseau de stations de températures déployées dans les Alpes depuis 2006 fait partie des dispositifs historiques du CREA Mont-Blanc. Après 15 ans de bons et loyaux services, nous avons évalué ce système pour réfléchir à son évolution. 

Vérification de la station située à Loriaz. © United Nations, Momentum for Change 

C’est l’un des plus anciens projets du CREA Mont-Blanc, développé dans le cadre du programme Phénoclim. Depuis 2006, nous disposons de notre propre réseau de stations de températures sur l’ensemble de la partie sud-ouest des Alpes.  mis en place pour mettre en lien les observations phénologiques de la faune et de la végétation réalisées sur le terrain avec un suivi des données climatiques très localisé. Au nombre de 60, disposées entre 200 m et 2700 m d’altitude, les stations sont équipées de capteurs qui permettent de relever les température toutes les 15 minutes à 4 hauteurs différentes : à la surface du sol, 5 cm en dessous, 30 cm au-dessus et à 2 m. « L’intérêt d’avoir ces différents niveaux est de pouvoir utiliser les informations de l’un ou l’autre capteur en fonction des questions que l’on se pose, précise Idaline Laigle, ingénieure d’étude au CREA Mont-Blanc. Par exemple, quand le capteur de surface mesure uniquement des températures à 0° pendant plusieurs jours, cela signifie qu’il y a de la neige, ce qui est une indication très importante pour la phénologie de certaines espèces. »

Schéma des premières et deuxièmes versions des stations de températures. 

La reconnaissance de l’ONU

Conformément à l’approche du CREA Mont-Blanc, ce projet a vu le jour sur le mode participatif, grâce à l’implication d’entreprises et de citoyens. C’est un professeur d’électronique du lycée professionnel de Cluses, Gérard Cordier, qui a conçu le principe de la carte électronique répondant à notre besoin. 

Après la phase initiale, le dispositif a fait l’objet d’un partenariat avec Orange. L’entreprise a mis en place le système de collecte et de gestion des données et assure la maintenance des stations : en cas de problème sur les capteurs ou les batteries, ce sont les techniciens d’Orange qui interviennent. Ce dispositif opérationnel depuis plus de 15 ans a valu au CREA Mont-Blanc une reconnaissance internationale lors de la COP23, en 2017, sous la forme du prix Momentum for Change décerné par les Nations Unies. 

Températures moyennes journalières mesurées au Couvercle (2700m) sur une année. T° de l’air à 2m en rouge – T° du sol à -5 cm.

Deux systèmes complémentaires

Au-delà de la réussite technologique indéniable, nous avons réalisé un bilan de ce programme, en comparant ses données à celles fournies par le modèle Safran développé par Centre national de recherche météorologique – Météo-France / CNRS, que nous utilisons également pour nos recherches. Cette étude qui permettra d’évaluer une éventuelle redondance, fera prochainement l’objet d’une publication scientifique. « Nous avons calculé plusieurs indices avec les deux systèmes : le nombre de jours où la température moyenne dépasse 0°, le nombre de jours de froid en automne, le jour de déneigement… La comparaison des résultats montre une corrélation entre les stations et le système de Météo France pour les moyennes générales, et des écarts plus importants dès que l’on commence à s’intéresser à des indices basés sur des seuils, comme la température de 0°, poursuit Idaline. En faisant le lien avec les données de phénologie, nous avons constaté que la phénologie des grenouilles, des mésanges et de la majorité des arbres est plus corrélée avec les données des stations, à l’exception du mélèze, qui semble répondre davantage aux données de Safran. » 

Cette différence, qui s’explique par la position des stations, beaucoup plus proches des espèces observées, confirme les spécificités des deux systèmes. Pour des suivis à long terme de la phénologie et une vision globale à l’échelle des Alpes, les données de Météo France apportent une information suffisante. En revanche, les stations sont plus intéressantes pour des sujets d’étude très localisés, qui demandent des données plus précises. « C’est particulièrement le cas quand on a besoin des données de déneigement, par exemple pour suivre la date de ponte des grenouilles. Une station à côté de la mare sera beaucoup plus fiable, conclut Idaline. Chaque dispositif a son utilité, tout dépend de la question qu’on se pose. »  

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