Rapport AdaPT Mont-Blanc : quand la montagne sera verte

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Quels seront les visages du massif du Mont-Blanc dans 15 ans et dans 30 ans ? Alors que les effets des changements climatiques ont déjà commencé à se faire sentir, le rapport Climat d’AdaPT Mont-Blanc dessine des perspectives sur les évolutions attendues des milieux naturels et leur impact sur les activités humaines. Au-delà de son intérêt scientifique, il offre un outil d’aide à la décision utile à tous les acteurs impliqués sur le terrain.

Représentation de la Mer de Glace actuellement et à l’horizon 2050, réalisée par l’artiste Claire Giordano en collaboration avec le CREA Mont-Blanc et les glaciologues de l’IGE (c) Claire Giordano, 2019.

Ce document co-rédigé par le CREA Mont-Blanc et l’Agence régionale de la protection de l’environnement en vallée d’Aoste (ARPA) a été publié fin 2019. Il a pour ambition de transposer à l’échelle territoriale restreinte et complexe de l’Espace Mont-Blanc la démarche du GIEC au niveau mondial.

Le rapport constitue le volet scientifique du projet européen de coopération transfrontalière AdaPT Mont-Blanc lancé en 2017 pour travailler sur l’adaptation aux changements climatiques sur les versants français, italien et suisse du massif. L’objectif est de proposer un outil d’aide à la décision utile aux élus, aux professionnels, aux scientifiques, mais aussi aux citoyens pour élaborer des solutions concrètes d’adaptation. Les secteurs d’activité étudiés dans le rapport ont d’ailleurs été choisis de manière participative avec des élus et des acteurs impliqués sur le terrain. Ils sont au nombre de 6 : eau, agriculture, forêt, biodiversité, tourisme et risques naturels.



Schéma des changements en cours de la biodiversité sur les gradients d’altitude de l’EMB, en termes de diversité et phénologie. Les altitudes indiquées sont approximatives et désignées en fonction de l’étagement actuel de la végétation, qui risque d’être fortement modifié dans les années à venir.

Comprendre pour s’adapter

Toute stratégie d’adaptation doit partir d’une compréhension scientifique des phénomènes à l’œuvre sur le massif du Mont-Blanc. L’évolution des paramètres climatiques a en effet des conséquences sur les milieux naturels qui impactent elles-mêmes les activités humaines. C’est cet enchaînement d’impacts qui est étudié dans le rapport.

Le point de départ est donc le changement climatique déjà observé et les évolutions qui sont attendues selon les scénarios du GIEC. L’augmentation des températures dans l’Espace Mont-Blanc depuis les années 1980 atteint 2°C. Cette hausse se poursuivra, avec un réchauffement de 1 à 2°C d’ici à 2035 et de 2 à 3°C d’ici 2050 par rapport à la moyenne 1980-2010. L’évolution, plus marquée en été et en altitude, s’accompagne d’une modification de la répartition annuelle des précipitations, qui devraient augmenter de 5 à 15% en hiver et diminuer de 10 à 20% en été. Les événements extrêmes comme les canicules et les tempêtes seront plus fréquents et plus intenses.

Ces évolutions climatiques entraîneront une forte diminution de l’enneigement, en particulier dans les fonds de vallée et sur les versants sud, la poursuite du recul des glaciers et la dégradation du permafrost. Pour s’adapter à ces nouvelles conditions climatiques, la faune et la flore monteront en altitude. L’extension des surfaces végétalisées, notamment de la forêt, l’augmentation des saisons de croissance, le remplacement d’espèces alpines par des espèces de basse altitude se traduiront par une transformation du paysage caractérisé par un verdissement du massif, y compris en haute montagne.

Défis et opportunités

Les conséquences socio-économiques et humaines de ces évolutions seront multiples. L’agriculture sera le secteur économique le plus directement impacté par la hausse des températures et la modification du régime des précipitations. Certaines productions comme la vigne, les pommes et les cerises, mais aussi certains pâturages, bénéficieront de conditions plus favorables. A l’inverse, la prolifération d’insectes parasites pourrait causer des pertes de rendement importantes dans le domaine de l’horticulture. La production laitière pourrait souffrir également du stress thermique des vaches causé par l’augmentation des températures.

Dans un autre secteur phare, le tourisme, les domaines skiables pâtiront du manque de neige. Si la neige artificielle reste une option viable à court terme du strict point de vue des températures (la disponibilité en eau, l’acceptabilité socio-économique de l’enneigement artificiel, et de possibles évolutions technologiques n’ont pas été prises en compte dans l’étude), ce ne sera plus le cas dès 2035 au-dessous de 2000 m, ni au-dessus après 2050. Les transformations touchant la haute montagne affecteront les activités estivales comme l’alpinisme, en raison de nouveaux risques liés à la modification du terrain. En revanche, la montagne deviendra un refuge de fraîcheur l’été pour les touristes comme les habitants, et la multiplication des belles journées d’intersaison permettra de développer un tourisme quatre saisons.

Enfin, il faut s’attendre à une transformation des risques naturels : la dégradation du permafrost et le recul des glaciers pourront déstabiliser les versants et fragiliser les infrastructures de haute montagne. Les risques d’avalanches diminueront à basse altitude, à l’inverse des crues qui seront plus fréquentes en raison de précipitations plus fortes et des ruptures de poches d’eau créées par la fonte des glaciers.

L’une des trois présentations publiques des résultats scientifiques su projet AdaPT Mont-Blanc, organisées en collaboration avec la Communauté de Communes de la Vallée de Chamonix-Mont-Blanc.

Une révolution culturelle

Ce rapport propose une première approche, non exhaustive, des mutations en cours dans l’Espace Mont-Blanc. De nouvelles pistes de travail scientifique permettront d’aller plus loin dans la compréhension de ces phénomènes, mais d’ores et déjà ses constats permettent de mesurer la profondeur de la transformation. L’enjeu des politiques d’adaptation est d’apprendre à faire vivre différemment les paysages du massif, qui restera plus que jamais un refuge pour la faune, la flore et les humains. Dans cette optique, l’information des populations et des décideurs jouera un rôle majeur. C’est aussi le rôle du CREA Mont-Blanc, qui anime régulièrement des réunions publiques pour partager les résultats de l’étude sur le territoire. La prochaine restitution aura lieu le 5 juin en Vallée d’Aoste.

Partenaires du projet :

Pour plus d’informations….
Le projet AdaPT Mont-Blanc sur le site de l’Espace Mont-Blanc
Le rapport final du projet AdaPT Mont-Blanc
Notre article de blog sur notre Science Sandwich sur AdaPT Mont-Blanc, avec son enregistrement audio et la diaporama

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