Des fleurs en hiver

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La fin d’année 2015 a été très douce et certaines espèces végétales ont fleuri très tôt en automne ou en hiver. Isabelle Chuine, chercheure spécialiste en phénologie des espèces arborées, apporte son éclairage en trois questions.

Amandier en fleur, sous la neige © Rafel Miro via flikr
Amandier en fleur, sous la neige © Rafel Miro

Pourquoi certaines plantes ont inhabituellement fleuri pendant l’hiver ?

Au début du mois d’octobre, nous avons connu une petite vague de froid qui a duré huit jours, suivie de températures extrêmement douces. Cet épisode a envoyé à certains végétaux le signal que l’hiver était passé. Les espèces dont les besoins en froid sont les plus faibles ont alors levé leur dormance et la croissance cellulaire a débuté.

Quelle sont les conséquences d’une floraison précoce ?

Une floraison trop précoce peut être fatale pour la reproduction des plantes (pas de production de graines ou de fruits). L’absence ou la présence de trop peu d’individus pollinisateurs en hiver diminue les chances de fécondation. Le gel est un autre risque d’avortement pour les fleurs qui auraient été fécondées en hiver.

Fleurs de noisetiers sous la neige © CREA Mont-Blanc
Fleurs de noisetiers Phénoclim sous la neige © CREA Mont-Blanc

Pourquoi observe-t-on ce phénomène chez certaines espèces et pas d’autres ?

Nous observons moins de réaction au niveau de la phénologie du mélèze par rapport à celle du noisetier. Des besoins en froid différents selon les espèces pourraient en être la cause. À la fin de l’été, l’arbre rentre doucement en dormance, un phénomène qui correspond à un ralentissement de l’activité métabolique. Être en dormance permet à l’arbre de résister aux gels hivernaux. Pour lever sa dormance et redémarrer son activité métabolique, l’arbre a besoin d’accumuler une certaine quantité de froid durant l’hiver. Une fois cette quantité de froid reçue, l’augmentation des températures permet à l’arbre de fleurir et débourrer.

La petite vague de froid en octobre a peut-être suffi pour certains noisetiers à lever leur dormance, mais le mélèze une espèce plus tardive a probablement besoin d’une quantité de froid plus importante.

En France, l’ODS a signalé d’autres espèces qui ont fleuri en automne ; le lilas, le narcisse, le frêne (pas observé dans le réseau Phénoclim), ou encore l’amandier.

 

Rédaction : Isabelle Chuine et Daphné Asse

 

Pour en savoir plus

L’article 2016 : impact d’un printemps précoce, et l’exemple du noisetier
Le site Internet du Centre d’Écologie Fonctionnelle et Évolutive (CEFE-CNRS) à Montpellier et de l’Observatoire Des Saisons (ODS)
La Lettre de printemps de mai 2016 de l’ODS dont est tirée la première question de ce billet

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