{"id":6501,"date":"2026-05-22T14:16:26","date_gmt":"2026-05-22T13:16:26","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.creamontblanc.org?p=6501"},"modified":"2026-05-22T14:18:15","modified_gmt":"2026-05-22T13:18:15","slug":"regard-geographique-sur-la-coexistence-avec-la-faune-sauvage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.creamontblanc.org?p=6501","title":{"rendered":"Regard g\u00e9ographique sur la coexistence avec la faune sauvage"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"563\" src=\"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/boar-8217824_1280-1-1000x563.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-6509\" srcset=\"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/boar-8217824_1280-1-1000x563.png 1000w, https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/boar-8217824_1280-1-300x169.png 300w, https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/boar-8217824_1280-1-768x432.png 768w, https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/boar-8217824_1280-1.png 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Cr\u00e9dit photo : Pixabay.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le 28 avril dernier, nous avions le plaisir d\u2019accueillir Deborah Coz pour une conf\u00e9rence autour de la question suivante : <strong>comment cohabiter avec la faune sauvage dans des territoires travers\u00e9s par des usages, des sensibilit\u00e9s et des int\u00e9r\u00eats multiples ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Docteure en g\u00e9ographie de l\u2019Universit\u00e9 de Montpellier, aujourd\u2019hui rattach\u00e9e au laboratoire PACTE \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Grenoble Alpes, Deborah Coz explore depuis plusieurs ann\u00e9es les relations entre soci\u00e9t\u00e9s humaines et animaux sauvages. Des marais camarguais aux alpages du Vercors, ses recherches interrogent moins les animaux eux-m\u00eames que ce qu\u2019ils r\u00e9v\u00e8lent de nos territoires, de nos conflits et de nos fa\u00e7ons d\u2019habiter le monde.<br><br>Si vous n\u2019avez pas eu la chance d\u2019assister \u00e0 cette rencontre, nous vous proposons dans cet article un r\u00e9sum\u00e9 de cette derni\u00e8re. Vous pouvez \u00e9galement retrouver l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de l\u2019expos\u00e9 de Deborah directement <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=lMLH2ylvPNg\">sur notre cha\u00eene Youtube<\/a>.<br><br><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Quand la g\u00e9ographie s\u2019int\u00e9resse aux animaux<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Contrairement aux id\u00e9es re\u00e7ues, la g\u00e9ographie ne consiste pas uniquement \u00e0 produire des cartes. Depuis longtemps, cette discipline s\u2019int\u00e9resse aussi aux <strong>animaux <\/strong>et aux <strong>relations qu\u2019humains et humaines entretiennent avec eux<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au XIXe si\u00e8cle, les g\u00e9ographes \u00e9tudient par exemple la r\u00e9partition des esp\u00e8ces dans l\u2019espace \u00e0 travers la <strong>zoog\u00e9ographie<\/strong>. D\u00e9but XXe, certains se mettent \u00e0 documenter les <strong>activit\u00e9s rurales<\/strong> li\u00e9es aux animaux domestiques. \u00c0 partir des ann\u00e9es 1980 &#8211; 1990, un regain d\u2019int\u00e9r\u00eat pour les animaux appara\u00eet chez les g\u00e9ographes autour des <strong>repr\u00e9sentations humaines de la faune sauvage<\/strong> : fascination, peur, attachement, rejet\u2026 autant de perceptions qui influencent ensuite les pratiques de l\u2019espace, les politiques de gestion, de protection ou d\u2019am\u00e9nagement des territoires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les travaux de Deborah Coz s\u2019inscrivent dans cette <strong>approche contemporaine<\/strong>. Elle s\u2019int\u00e9resse notamment aux esp\u00e8ces dites <strong>\u00ab \u00e0 probl\u00e8me \u00bb<\/strong> (Micoud et Bobb\u00e9, 2006), c\u2019est-\u00e0-dire les esp\u00e8ces dont la pr\u00e9sence impacte les activit\u00e9s humaines, et qui suscitent ou cristallisent des tensions entre diff\u00e9rents groupes d\u2019humain\u00b7es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-very-light-gray-background-color has-background wp-block-paragraph\"><strong>Qu\u2019est-ce qu\u2019une esp\u00e8ce \u00ab \u00e0 probl\u00e8me \u00bb en sociologie ou g\u00e9ographie ?\u00a0<\/strong><br><br>\u00ab <em>Cette [nouvelle] cat\u00e9gorie correspond aux animaux potentiellement nuisants pour certaines activit\u00e9s humaines mais b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019un contexte juridique, social et environnemental favorable \u00e0 leur maintien. Elle concerne principalement la grande faune sauvage (Mauz, 2006) qui, profitant des retomb\u00e9es actuelles d\u2019une politique de protection environnementale, se d\u00e9veloppe et colonise de nouveaux territoires. Les territoires r\u00e9cemment occup\u00e9s sont alors le th\u00e9\u00e2tre de confrontation entre des hommes et des animaux, non habitu\u00e9s \u00e0 vivre ensemble dans les conditions contemporaines mais \u00e9galement d\u2019une confrontation d\u2019acteurs aux int\u00e9r\u00eats divergents. Outre les d\u00e9g\u00e2ts qu\u2019ils occasionnent et qu\u2019il s\u2019agit de g\u00e9rer, ces animaux parviennent en effet \u00e0 engendrer des conflits sociaux. La gestion des animaux \u00ab \u00e0 probl\u00e8me \u00bb concerne donc \u00e0 la fois la question de la prise en charge des animaux et celle des conflits entre humains.<\/em> \u00bb (Mounet, 2008)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Derri\u00e8re les animaux, des conflits entre humains<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Les sangliers <\/strong>sont un exemple particuli\u00e8rement parlant de ce type d\u2019esp\u00e8ce. L\u2019augmentation de leurs effectifs sous l\u2019effet de diff\u00e9rents facteurs (intensification de l\u2019agriculture, urbanisation, pratiques cyn\u00e9g\u00e9tiques, adaptation des animaux) s\u2019accompagne en retour d\u2019une augmentation des d\u00e9g\u00e2ts (Bison et Loison, 2022). Pour pallier cela, des mesures peuvent \u00eatre mises en place afin de prot\u00e9ger les cultures, \u00e0 travers des <strong>outils de dissuasion et de pr\u00e9vention<\/strong> (cl\u00f4tures, r\u00e9pulsifs odorants, ultrasons\u2026), une <strong>r\u00e9gulation l\u00e9tale<\/strong> ou encore <strong>l\u2019indemnisation des d\u00e9g\u00e2ts<\/strong>. Malgr\u00e9 ces dispositifs, les d\u00e9bats et conflits persistent sur les territoires concern\u00e9s, si bien que des tensions souvent violentes, et parfois publiques, peuvent \u00e9merger entre agriculteur\u00b7ices, chasseurs ou encore gestionnaires et propri\u00e9taires d\u2019espaces prot\u00e9g\u00e9s (Coz, 2024).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"518\" src=\"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/image-3-1000x518.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-6502\" srcset=\"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/image-3-1000x518.png 1000w, https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/image-3-300x155.png 300w, https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/image-3-768x398.png 768w, https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/image-3.png 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Cr\u00e9dit photo : H\u00e9l\u00e8ne Le Gallic, Agro for Adapt.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Afin d\u2019illustrer ce point,\u00a0 Deborah nous a d\u2019abord emmen\u00e9s dans le Sud de la France, du c\u00f4t\u00e9 de la Camargue gardoise, sur le littoral au sud de Montpellier. Acquis en 2015 par le Conservatoire du littoral, <a href=\"https:\/\/www.conservatoire-du-littoral.fr\/siteLittoral\/373\/28-camargue-gardoise-30_gard.htm\">le <strong>domaine du Canav\u00e9rier<\/strong><\/a> a \u00e9t\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre de conflits particuli\u00e8rement muscl\u00e9s.\u00a0<br><br>Sur cet ancien territoire de chasse, des <strong>d\u00e9g\u00e2ts de sangliers <\/strong>sont d\u2019abord signal\u00e9s dans la partie du domaine consacr\u00e9e \u00e0 un projet agro-\u00e9cologique. Des d\u00e9g\u00e2ts sur des gazonni\u00e8res voisines du domaine sont \u00e9galement rapport\u00e9s par la suite.\u00a0<br><br>Le <strong>Conservatoire du littoral <\/strong>met alors en place successivement diff\u00e9rentes mesures : <strong>tirs de nuit <\/strong>par un lieutenant de louveterie, prise en charge de la<strong> r\u00e9gulation par l\u2019un des technicien gestionnaire du site<\/strong>, <strong>conventionnement avec la soci\u00e9t\u00e9 de chasse <\/strong>intercommunale locale\u2026 Mais des tensions \u00e9mergent au fil de ces exp\u00e9rimentations, entre acteurs d\u2019une part et au sein m\u00eame des \u00e9quipes de gestion d\u2019autre part. Certaines personnes consid\u00e8rent par exemple que les battues impos\u00e9es par le plan de gestion cyn\u00e9g\u00e9tique approuv\u00e9 (<em>relatif \u00e0 la chasse<\/em>) sont incompatibles avec les missions de protection de la biodiversit\u00e9, notamment durant les p\u00e9riodes sensibles pour les oiseaux.<br><br>Le conflit d\u00e9borde ensuite le cadre local : la f\u00e9d\u00e9ration d\u00e9partementale des chasseurs du Gard engage une proc\u00e9dure judiciaire contre le Conservatoire du littoral, finalement condamn\u00e9 \u00e0 participer financi\u00e8rement \u00e0 l\u2019indemnisation des d\u00e9g\u00e2ts agricoles, une premi\u00e8re en France.\u00a0<br><br>Cet exemple illustre donc des tensions entre :\u00a0<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>D\u2019un c\u00f4t\u00e9, <strong>des chasseurs qui revendiquent une \u00e9volution des syst\u00e8mes d\u2019indemnisation<\/strong>, ainsi que la possibilit\u00e9 d\u2019<strong>intensifier <\/strong>et d\u2019<strong>\u00e9tendre la r\u00e9gulation des sangliers<\/strong>, dans le temps et l\u2019espace. Derri\u00e8re ces revendications, Deborah voit des motivations sous-jacentes, \u00e0 la fois fonci\u00e8res et symboliques.<\/li>\n\n\n\n<li>De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, des<strong> gestionnaires qui d\u00e9fendent leur position d\u2019espaces-refuges<\/strong>, et qui soulignent les multiples <strong>conflits d\u2019usages<\/strong> que les battues repr\u00e9sentent dans certains cas (d\u00e9placement du b\u00e9tail, interdiction d\u2019acc\u00e8s aux randonneurs\/randonneuses, par exemple).<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour Deborah, ces conflits d\u00e9passent largement la seule question du sanglier. Ils interrogent la <strong>l\u00e9gitimit\u00e9 des diff\u00e9rents acteurs \u00e0 g\u00e9rer la nature<\/strong>, les <strong>usages<\/strong> jug\u00e9s prioritaires sur un territoire, ou encore les <strong>rapports historiques<\/strong> entre mondes de la chasse, de l\u2019agriculture et de la conservation.<br><br><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le castor en \u00c9cosse : l\u2019importance du contexte historique<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Deborah nous a ensuite emmen\u00e9s en <strong>Ecosse<\/strong>, dans des zones humides et agricoles peupl\u00e9es de castors. \u00c0 travers cet exemple, c\u2019est l\u2019importance du contexte qu\u2019elle a souhait\u00e9 mettre en avant.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"900\" height=\"500\" src=\"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/image-4.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-6504\" srcset=\"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/image-4.png 900w, https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/image-4-300x167.png 300w, https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/image-4-768x427.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 900px) 100vw, 900px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Cr\u00e9dit photo : Nature Scot.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Disparu au XVIe si\u00e8cle, <strong>le castor <\/strong>fait l\u2019objet de <strong>projets de r\u00e9introduction<\/strong> depuis les ann\u00e9es 1990 en \u00c9cosse. Mais selon les territoires concern\u00e9s et les modalit\u00e9s de retour des animaux, les r\u00e9actions varient fortement.<br><br>Dans les zones humides de la r\u00e9gion de Knapdale, le castor a \u00e9t\u00e9 r\u00e9introduit de mani\u00e8re <strong>scientifique, cadr\u00e9e et approuv\u00e9e r\u00e9glementairement<\/strong> (Coz et Young, 2020). En parall\u00e8le, des<strong> r\u00e9introductions accidentelles <\/strong>ont eu lieu dans des zones agricoles, au sein desquelles les populations de castors ont fortement augment\u00e9. Ces r\u00e9introductions accidentelles ont ainsi suscit\u00e9 de fortes tensions, puisque cela impactait fortement les espaces agricoles (inondations, impacts \u00e9conomiques, \u00e9volution du paysage) (<em>ibid<\/em>.). Au-del\u00e0 de ces impacts tangibles, Deborah montre que ces tensions d\u00e9pendent des <strong>modalit\u00e9s<\/strong> de r\u00e9introduction, des <strong>relations<\/strong> entre les diff\u00e9rents acteurs et de leurs <strong>rapports<\/strong> \u00e0 la nature et aux paysages, ainsi que de l\u2019<strong>histoire fonci\u00e8re et sociale<\/strong> locale.<br><br>Autrement dit : on ne peut pas comprendre les r\u00e9actions face \u00e0 une esp\u00e8ce sans prendre en compte l\u2019histoire des territoires concern\u00e9s.<br><br><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>De la \u00ab gestion des d\u00e9g\u00e2ts \u00bb \u00e0 une approche plus globale de la coexistence<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 partir de ces exemples trait\u00e9s comme cas d\u2019\u00e9tude pour \u00e9tudier les conflits, Deborah a souhait\u00e9 mettre en avant ce que cela implique pour les disciplines qui s\u2019int\u00e9ressent aux conflits et \u00e0 la coexistence avec la faune sauvage, et a soulign\u00e9 les \u00e9volutions au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es.\u00a0<br><br>Longtemps, les politiques publiques se sont concentr\u00e9es sur une vision tr\u00e8s <strong>techniciste<\/strong> : identifier les d\u00e9g\u00e2ts caus\u00e9s par les animaux et trouver des solutions pour les limiter. Aujourd\u2019hui, les recherches en sciences humaines et sociales invitent \u00e0 adopter une approche plus <strong>holistique<\/strong>, int\u00e9grant les dimensions<strong> historiques, politiques, culturelles ou symboliques <\/strong>des conflits (Fletcher et Toncheva, 2021).<br><br>Le vocabulaire lui-m\u00eame a chang\u00e9. On parlait autrefois de \u00ab conflits entre humains et faune sauvage \u00bb. D\u00e9sormais, les chercheurs et chercheuses \u00e9voquent davantage des conflits entre humain\u00b7es \u00e0 propos de la faune sauvage. La notion de \u00ab coexistence \u00bb s\u2019est \u00e9galement impos\u00e9e (Pooley <em>et al<\/em>., 2021), qui associe plusieurs dimensions : une dimension \u00e9cologique, li\u00e9e au maintien des esp\u00e8ces ; une dimension sociale, autour de l\u2019acceptation de leur pr\u00e9sence ; et une dimension politique et de gouvernance, concernant les mani\u00e8res de vivre entre humains et humaines et d\u2019agir collectivement (Linnell <em>et al<\/em>., 2025). Mais comme l\u2019a rappel\u00e9 Deborah, ce terme reste complexe \u00e0 mobiliser : sur le terrain, les situations sont multiples, mouvantes, et souvent travers\u00e9es de tensions.<br><br><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le r\u00f4le des connaissances pour vivre avec la biodiversit\u00e9<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La conf\u00e9rence s\u2019est aussi pench\u00e9e sur le r\u00f4le des connaissances scientifiques dans ces d\u00e9bats. Les donn\u00e9es sont essentielles pour suivre les populations animales, comprendre les interactions ou orienter les politiques publiques. Mais elles peuvent \u00e9galement devenir des objets de controverse (Mauz et Granjou, 2007).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"750\" src=\"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/image-1000x750.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-6506\" srcset=\"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/image-1000x750.jpeg 1000w, https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/image-300x225.jpeg 300w, https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/image-768x576.jpeg 768w, https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/image-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/image.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Cr\u00e9dit photo : CREA Mont-Blanc.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019exemple du <strong>loup<\/strong> est particuli\u00e8rement parlant : estimation des effectifs, modalit\u00e9s de retour des loups en France, effets des tirs l\u00e9taux\u2026 autant de sujets qui alimentent les d\u00e9bats entre \u00e9leveurs et \u00e9leveuses, gestionnaires, scientifiques ou associations. Les savoirs (leur production, leur circulation) jouent donc un r\u00f4le important dans les controverses. Dans le m\u00eame temps, la gestion nationale ou europ\u00e9enne des loups ne r\u00e9pond pas toujours ou totalement aux besoins des acteurs locaux.<br><br>Deborah a donc insist\u00e9 sur un point cl\u00e9 : produire des connaissances ne suffit pas \u00e0 r\u00e9soudre les conflits. Cela peut m\u00eame parfois d\u00e9placer les tensions vers d\u2019autres sujets (Dumez <em>et al<\/em>., 2017). L\u2019enjeu est aujourd\u2019hui d\u2019articuler ces connaissances avec des savoirs locaux, de terrain, en agr\u00e9geant des connaissances multiples. Les \u00e9leveur\u00b7euses, chasseurs, naturalistes ou habitant\u00b7es disposent d\u2019exp\u00e9riences pr\u00e9cieuses, souvent tr\u00e8s fines, qui m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre mieux articul\u00e9es avec les approches scientifiques et institutionnelles (Chezel et Mounet, 2024).<br><br><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Penser la coexistence sur le temps long<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En conclusion, Deborah a rappel\u00e9 <strong>l\u2019importance du temps long<\/strong>, aussi bien pour \u00e9tudier ces ph\u00e9nom\u00e8nes que pour accompagner les dynamiques territoriales. Construire de la confiance entre acteur\u00b7ices demande du temps, de la stabilit\u00e9 et des espaces de dialogue durables. Lorsque les interlocuteur\u00b7ices changent constamment, ces relations deviennent plus difficiles \u00e0 maintenir.<br><br>Enfin, la conf\u00e9rence s\u2019est termin\u00e9e sur une r\u00e9flexion plus \u00e9thique : dans nos mani\u00e8res de penser la conservation, nous raisonnons souvent \u00e0 l\u2019\u00e9chelle des populations ou des esp\u00e8ces, mais beaucoup plus rarement \u00e0 celle des individus. Que signifie, par exemple, \u00e9quiper un animal d\u2019un collier GPS ? Quels compromis sommes-nous pr\u00eat\u00b7es \u00e0 accepter au nom de la production de connaissances ou de la coexistence ?<br><br>Autant de questions qui rappellent que les relations entre humain\u00b7es et faune sauvage ne rel\u00e8vent jamais uniquement de l\u2019\u00e9cologie, mais aussi de choix <strong>sociaux, politiques et \u00e9thiques<\/strong>.<br><br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-white-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-0d9be3152ff32c1bed7cac1b4edd96f3 wp-block-paragraph\" style=\"background-color:#44075a\"><strong>Pour aller plus loin\u2026 Une recommandation de Deborah\u00a0<\/strong><br><br><strong><em>Et vous passerez comme des vents fous, Clara Arnaud, Actes Sud\/Babel<\/em><\/strong><br>Au cours d&rsquo;une saison d&rsquo;estive, les attaques r\u00e9p\u00e9t\u00e9es d&rsquo;une ourse ravivent les tensions dans une vall\u00e9e pyr\u00e9n\u00e9enne. Tentant de s&rsquo;abstraire des d\u00e9bats, Alma, une \u00e9thologue, et Gaspard, un berger, communient avec la montagne, m\u00ealent leur existence \u00e0 celles des b\u00eates. Sur ces terres o\u00f9 l&rsquo;homme et l&rsquo;animal sont intimement li\u00e9s, l&rsquo;histoire d&rsquo;un jeune montreur d&rsquo;ours parti faire fortune \u00e0 New York, un si\u00e8cle plus t\u00f4t, r\u00e9sonne tragiquement avec le pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Bibliographie<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chezel Edith et Mounet Coralie, 2024,<em> Habiter avec les loups\u202f: r\u00e9cits d\u2019enqu\u00eate en Belledonne<\/em>, Lyon, Libel.<br><br>Coz Deborah, 2024, <em>Humain\u00b7es, b\u00eates noires et dames grises\u202f: g\u00e9ographie plurielle des relations entre humain\u00b7es et faune sauvage dans le grand delta du Rh\u00f4ne<\/em>, Th\u00e8se de doctorat en g\u00e9ographie, Universit\u00e9 de Montpellier.<br><br>Coz Deborah et Young Juliette, 2020, \u00ab Conflicts over wildlife conservation: Learning from the reintroduction of beavers in Scotland \u00bb, <em>People and Nature<\/em>, vol. 2, n\u00b0 2, p. 406\u2011419<br><br>Dumez Richard<em> et al<\/em>., 2017, <em>Expertise scientifique collective sur les aspects sociologiques, culturels et ethnologiques de la pr\u00e9sence du loup en France<\/em>, Expertise pour le Minist\u00e8re de l\u2019Environnement, de l\u2019\u00c9nergie et de la Mer, Paris, Mus\u00e9um national d\u2019Histoire naturelle.<br><br>Fletcher Robert et Toncheva Svetoslava, 2021, \u00ab The political economy of human-wildlife conflict and coexistence \u00bb, <em>Biological Conservation<\/em>, vol. 260, p. 109216.<br><br>Linnell John D. C<em> et al<\/em>., 2025, <em>Conceptualising coexistence with large carnivores in Europe<\/em>, Report to the European Commission, Large Carnivore Initiative for Europe and Instituto di Ecologia Applicata.<br><br>Mauz Isabelle et Granjou Celine, 2007, \u00ab L\u2019incertitude scientifique explique-t-elle la d\u00e9fiance\u202f? Le cas de la r\u00e9ception des r\u00e9sultats du suivi scientifique du loup \u00bb, <em>Incertitude et environnement. La fin des certitudes scientifiques<\/em>, P. Allard, D. Fox et B. Picon \u00e9d., Aix-en-Provence, Edisud, p. 383\u2011396.<br><br>Micoud Andr\u00e9 et Bobb\u00e9 Sophie, 2006, \u00ab Une gestion durable des esp\u00e8ces animales est-elle possible avec des cat\u00e9gories naturalis\u00e9es\u202f? \u00bb,<em> Natures Sciences Soci\u00e9t\u00e9s<\/em>, Supp.1, p. 32\u201135.<br><br>Mounet Coralie, 2008, \u00ab Vivre avec des animaux \u201c\u00e0 probl\u00e8me\u201d \u00bb, <em>Revue de g\u00e9ographie alpine<\/em>, vol. 3, n\u00b0 96, p. 55\u201164.<br><br>Pooley Simon<em> et al<\/em>., 2021, \u00ab Rethinking the study of human\u2013wildlife coexistence \u00bb, <em>Conservation Biology<\/em>, vol. 35, n\u00b0 3, p. 784\u2011793.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 28 avril dernier, nous avions le plaisir d\u2019accueillir Deborah Coz pour une conf\u00e9rence autour de la question suivante : comment cohabiter avec la faune sauvage dans des territoires travers\u00e9s par des usages, des sensibilit\u00e9s et des int\u00e9r\u00eats multiples ? &hellip; <a href=\"https:\/\/blog.creamontblanc.org?p=6501\">Lire la suite\u00ad\u00ad<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":6509,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[12,123],"class_list":["post-6501","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-sciences-vivant","tag-rencontre","tag-science-sandwich"],"aioseo_notices":[],"amp_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6501","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6501"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6501\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6514,"href":"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6501\/revisions\/6514"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/6509"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6501"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6501"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6501"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}