{"id":6371,"date":"2026-03-31T16:08:48","date_gmt":"2026-03-31T15:08:48","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.creamontblanc.org?p=6371"},"modified":"2026-04-01T11:09:00","modified_gmt":"2026-04-01T10:09:00","slug":"se-mettre-a-hauteur-de-mesange-regards-croises-sur-dautres-manieres-dhabiter-le-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.creamontblanc.org?p=6371","title":{"rendered":"Se mettre \u00e0 hauteur de m\u00e9sange : regards crois\u00e9s sur d\u2019autres mani\u00e8res d\u2019habiter le monde"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"620\" src=\"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/wzdigiphoto-blue-tit-8521052-1-1-1000x620.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-6387\" srcset=\"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/wzdigiphoto-blue-tit-8521052-1-1-1000x620.jpg 1000w, https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/wzdigiphoto-blue-tit-8521052-1-1-300x186.jpg 300w, https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/wzdigiphoto-blue-tit-8521052-1-1-768x476.jpg 768w, https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/wzdigiphoto-blue-tit-8521052-1-1-1536x952.jpg 1536w, https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/wzdigiphoto-blue-tit-8521052-1-1-scaled.jpg 2048w, https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/wzdigiphoto-blue-tit-8521052-1-1-80x50.jpg 80w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Image libre de droits, Pixabay.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Le vendredi 13 mars dernier, apr\u00e8s quelques rebondissements, nous avions le plaisir de recevoir <strong>Clara Poirier<\/strong>, philosophe de l\u2019environnement, et <strong>Claire Doutrelant<\/strong>, \u00e9cologue et directrice de recherche au CNRS (CEFE, Montpellier).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 des \u00eatres autres qu\u2019humains et aux diff\u00e9rentes mani\u00e8res de percevoir la nature ; la seconde \u00e9tudie les comportements et les histoires \u00e9volutives des animaux, et en particulier des oiseaux. En croisant leurs regards et en superposant leurs voix, elles nous ont offert un moment suspendu, nous invitant \u00e0 exp\u00e9rimenter le monde \u00e0 travers le prisme des m\u00e9sanges bleues.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Plut\u00f4t qu\u2019un simple apport de connaissances, cette conf\u00e9rence proposait d\u2019interroger notre mani\u00e8re de percevoir et de ressentir notre monde, et de tenter \u2014 sans jamais pr\u00e9tendre y parvenir totalement \u2014 d\u2019approcher ce que pourrait \u00eatre le monde v\u00e9cu par une m\u00e9sange bleue. Pour cela, elles ont altern\u00e9 entre approche po\u00e9tique et sensorielle et \u00e9l\u00e9ments d\u2019\u00e9cologie tangibles, nous permettant de comprendre le cycle de vie des m\u00e9sanges, leurs habitudes, la mani\u00e8re dont elles occupent le temps et l\u2019espace ainsi que leurs fa\u00e7ons d\u2019interagir.<\/p>\n\n\n\n<p>Intitul\u00e9e \u201cballade bleue\u201d, il s\u2019agissait d\u2019une douce m\u00e9lodie \u00e0 \u00e9couter, davantage qu\u2019\u00e0 raconter \u00e0 l\u2019\u00e9crit. Si toutefois vous avez manqu\u00e9 cet \u00e9v\u00e9nement, nous revenons dans cet article sur les \u00e9l\u00e9ments cl\u00e9s de cette exploration, parfois d\u00e9routants, souvent fascinants.<\/p>\n\n\n\n<p>Et pour d\u00e9buter ce voyage, nous vous invitons \u00e0 \u00e9couter notre petit passereau d&rsquo;int\u00e9r\u00eat&#8230;<\/p>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-rich is-provider-soundcloud wp-block-embed-soundcloud\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"M\u00e9sange bleue by Fondation Cartier Jardin\" width=\"500\" height=\"400\" scrolling=\"no\" frameborder=\"no\" src=\"https:\/\/w.soundcloud.com\/player\/?visual=true&#038;url=https%3A%2F%2Fapi.soundcloud.com%2Ftracks%2F210586033&#038;show_artwork=true&#038;maxheight=750&#038;maxwidth=500\"><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p><strong><em>La plupart des informations \u00e9nonc\u00e9es ici (et bien plus encore) sont \u00e0 retrouver dans le livre co-r\u00e9dig\u00e9 par Claire Doutrelant : Blondel, J., Charmantier, A., Doutrelant, C., Perret, P. (2025) La m\u00e9sange et la chenille. 50 ans d\u2019enqu\u00eate \u00e9volutive. Actes Sud.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Le point de vue apport\u00e9 par Clara Poirier provient de sa th\u00e8se de doctorat en philosophie de l\u2019environnement : Poirier, C. (2023) L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 dans la nature : chemins pour s\u2019ouvrir aux existences autres qu\u2019humaines. Environnement et Soci\u00e9t\u00e9. Universit\u00e9 de Montpellier.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Portrait d\u2019un petit passereau<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>La m\u00e9sange bleue (<em>Cyanistes caeruleus<\/em>) est un petit passereau commun en Europe, pr\u00e9sent dans nos jardins comme dans nos for\u00eats. Elle existe depuis un \u00e0 deux millions d\u2019ann\u00e9es, bien avant l\u2019apparition d\u2019<em>Homo sapiens,<\/em> il y a 300 000 ans.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pesant \u00e0 peine 8 \u00e0 10 grammes, <strong>elle est aussi \u00e9vanescente qu\u2019une lettre<\/strong>. Elle est dite \u00ab cavicole secondaire \u00bb : elle niche dans des cavit\u00e9s d\u00e9j\u00e0 existantes \u2014 vieux arbres, cavit\u00e9s dans les murs, anciens trous de pics. Cette d\u00e9pendance souligne l\u2019importance des vieux arbres et des \u00e9cosyst\u00e8mes forestiers.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette proximit\u00e9 avec nos habitats et ce mode de vie permet aux scientifiques de l\u2019\u00e9tudier finement, notamment gr\u00e2ce aux nichoirs. Les m\u00e9sanges tol\u00e8rent aussi relativement bien la capture et le baguage, on parle de \u201cmod\u00e8le \u00e0 disposition heureuse\u201d. Ces suivis combin\u00e9s permettent de suivre leurs trajectoires de vie, leurs comportements et leur succ\u00e8s reproducteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Les travaux pr\u00e9sent\u00e9s durant cette conf\u00e9rence s\u2019appuient sur des suivis men\u00e9s depuis 1976, notamment en Corse et dans le sud de la France, pr\u00e8s de Montpellier, dans diff\u00e9rents types de ch\u00eanaies et en milieu urbain.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Un corps pour habiter autrement<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Se mettre \u00e0 hauteur de m\u00e9sange, c\u2019est d\u2019abord imaginer une transformation du corps. Clara nous a ainsi guid\u00e9s \u00e0 travers une m\u00e9tamorphose pour tenter de projeter ce que c&rsquo;est que d&rsquo;exp\u00e9rimenter le monde \u00e0 travers un corps l\u00e9ger, compos\u00e9 de plumes, avec des yeux sur les c\u00f4t\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Leur corps est aussi un corps qui \u00e9volue durant leur courte vie. La m\u00e9sange na\u00eet d\u2019un \u0153uf, aveugle et fragile. C\u2019est au printemps que la reproduction s\u2019enclenche : la femelle pond environ 10 \u0153ufs (un par jour), qu\u2019elle incubera ensuite pendant 14 jours. Lorsqu\u2019ils naissent, les poussins p\u00e8sent un gramme, mais grandissent tr\u00e8s vite : ils vont prendre 1 g par jour jusqu\u2019\u00e0 10 jours environ. L\u2019investissement parental est consid\u00e9rable : il faut pr\u00e8s de<strong> 1 800 chenilles pour \u00e9lever un seul poussin<\/strong> ! La disponibilit\u00e9 des insectes et notamment des chenilles est donc cruciale : sans eux, la survie des petits est en danger.<\/p>\n\n\n\n<p>Au bout de 21 jours, les poussins prennent leur envol, et arrivent alors dans un espace bien diff\u00e9rent\u2026<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Un espace fait de branches et d\u2019air<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Clara soulignait comment la mani\u00e8re dont les m\u00e9sanges habitent et se d\u00e9placent dans l\u2019espace est bien diff\u00e9rente de la n\u00f4tre. Si l&rsquo;air est pour nous un espace \u00ab\u00a0vide\u00a0\u00bb, elles y voient tout autant de possibilit\u00e9 de se d\u00e9placer et de sentir de multiples courants. Mais les arbres constituent leur milieu de pr\u00e9dilection, c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;elles se reposent, se nourrissent et se r\u00e9fugient.<\/p>\n\n\n\n<p>Les arbres accueillent aussi leurs nids, auxquels elles apportent un soin particulier. Claire nous a d\u2019ailleurs partag\u00e9 deux exemples de comportements \u00e9tonnants \u00e0 ce sujet.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Autom\u00e9dication<\/strong><strong><br><\/strong>Les m\u00e9sanges am\u00e9nagent soigneusement leurs nids avec mousses, poils et parfois des plantes aromatiques comme la lavande ou l\u2019immortelle. En Corse, les chercheuses et chercheurs ont mesur\u00e9 qu\u2019<strong>elles apportent environ 0,31 g de plantes par jour dans leurs nids<\/strong> \u2014 soit 3% de leur poids, ce qui repr\u00e9sente 2 kg \u00e0 l\u2019\u00e9chelle humaine ! Ces plantes aideraient \u00e0 r\u00e9guler les micro-organismes du nid et favoriseraient la croissance des poussins : une forme d\u2019autom\u00e9dication.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>D\u00e9fense du nid<br><\/strong>Face \u00e0 une menace, la m\u00e9sange peut \u00e9mettre un son strident proche de celui d\u2019un serpent. Test\u00e9 en laboratoire, ce signal s\u2019av\u00e8re tr\u00e8s dissuasif : chats (et humains !) retirent aussit\u00f4t leurs mains ou leurs pattes.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Des temporalit\u00e9s diff\u00e9rentes<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Clara nous a invit\u00e9s \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la temporalit\u00e9 chez les m\u00e9sanges, \u00e0 partir d\u2019observations et de ce que nous pouvons d\u00e9duire des connaissances actuelles. La vie d\u2019une m\u00e9sange est br\u00e8ve \u2014 <strong>elles ont une esp\u00e9rance de vie de deux \u00e0 trois ans<\/strong> \u2014 et incertaine. Leur vision est plus fine : <strong>elles per\u00e7oivent davantage d\u2019images par seconde<\/strong>. Elles per\u00e7oivent aussi des couleurs invisibles pour nous, gr\u00e2ce \u00e0 un quatri\u00e8me type de c\u00f4ne qui leur ouvre l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019ultraviolet.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce contexte, l\u2019un des d\u00e9fis majeurs est de savoir quand pondre. Pour ces insectivores, tout repose sur un timing tr\u00e8s pr\u00e9cis :<strong> les besoins en nourriture culminent vers le 10\u1d49 jour de vie des poussins, et ce pic doit tomber exactement au moment o\u00f9 les chenilles sont les plus abondantes<\/strong>. Ce synchronisme est crucial : s\u2019il est rompu, les parents doivent aller chercher la nourriture plus loin, augmentant leur d\u00e9pense d\u2019\u00e9nergie et diminuant les chances de survie des jeunes. Tout se joue donc en amont. Entre la ponte du premier \u0153uf et ce moment critique, environ 34 jours s\u2019\u00e9coulent (un \u0153uf pondu par jour pendant une dizaine de jours, 14 jours d\u2019incubation, puis 10 jours de croissance). <strong>Les m\u00e9sanges doivent ainsi anticiper ce pic de ressources avec une grande pr\u00e9cision.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Or, avec le r\u00e9chauffement climatique, ce pic de chenilles survient de plus en plus t\u00f4t dans la saison. Les suivis \u00e0 long terme montrent que<strong> les m\u00e9sanges parviennent \u00e0 s\u2019ajuster <\/strong>: en Corse, elles ont avanc\u00e9 leurs dates de ponte d\u2019environ deux semaines en 40 ans, en r\u00e9ponse \u00e0 une hausse de 1,8 \u00b0C, tout en maintenant un succ\u00e8s de reproduction stable. Elles semblent s\u2019appuyer sur des signaux comme la temp\u00e9rature, l\u2019ouverture des bourgeons ou les variations de couleurs environnantes, m\u00eame si ces m\u00e9canismes restent encore en partie mal compris.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette capacit\u00e9 d\u2019anticipation est encourageante, mais elle repose sur des ajustements individuels, li\u00e9s \u00e0 leurs perceptions. Face \u00e0 des changements climatiques plus rapides et impr\u00e9visibles, cela pourrait ne plus suffire : des \u00e9volutions g\u00e9n\u00e9tiques seraient alors n\u00e9cessaires, et celles-ci prennent beaucoup plus de temps.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Interactions et mondes sociaux<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"750\" src=\"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/garten-gg-nature-4551933-2-1000x750.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-6381\" srcset=\"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/garten-gg-nature-4551933-2-1000x750.jpg 1000w, https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/garten-gg-nature-4551933-2-300x225.jpg 300w, https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/garten-gg-nature-4551933-2-768x576.jpg 768w, https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/garten-gg-nature-4551933-2-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/garten-gg-nature-4551933-2-scaled.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Image libre de droits, Pixabay.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Les m\u00e9sanges \u00e9voluent dans un monde social riche. Elles communiquent par des chants, des cris, mais aussi par des gestes. En hiver, elles forment parfois des groupes mixtes avec d\u2019autres esp\u00e8ces, une strat\u00e9gie qui am\u00e9liore la d\u00e9tection des pr\u00e9dateurs. Car la pression est forte : rapaces, serpents, chats\u2026 Clara rappelle que le risque de mort est constant pour ces petits \u00eatres, bien plus que dans nos environnements, tout du moins de mani\u00e8re beaucoup plus consciente,\u00a0 et structure profond\u00e9ment leurs comportements.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce monde tr\u00e8s interactif, la couleur joue aussi un r\u00f4le essentiel \u2014 et r\u00e9serve une surprise de taille. \u00c0 nos yeux, m\u00e2les et femelles m\u00e9sanges sont parfaitement identiques. Pourtant, pour elles, la diff\u00e9rence est \u00e9vidente. <strong>Gr\u00e2ce \u00e0 leur vision dans l\u2019ultraviolet, m\u00e2les et femelles se distinguent !<\/strong> Cette perception influence directement leurs interactions. Des recherches r\u00e9centes montrent que la coloration des femelles joue un r\u00f4le important dans le succ\u00e8s reproducteur, remettant en question des visions plus anciennes, notamment h\u00e9rit\u00e9es de la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle a pens\u00e9 Darwin.<\/p>\n\n\n\n<p>Les suivis \u00e0 long terme r\u00e9v\u00e8lent toutefois des \u00e9volutions pr\u00e9occupantes. <strong>Chez la m\u00e9sange bleue, la coloration a diminu\u00e9 de 9 \u00e0 23 % en 15 ans.<\/strong> Cette transformation est li\u00e9e aux conditions environnementales : le jaune d\u00e9pend des carot\u00e9no\u00efdes, des pigments issus de la cha\u00eene alimentaire (plantes \u2192 insectes \u2192 oiseaux). Des \u00e9t\u00e9s plus chauds ou des milieux appauvris, notamment en ville, r\u00e9duisent leur disponibilit\u00e9. Or cette coloration n\u2019est pas anodine : elle intervient dans le choix des partenaires, le camouflage, et plus largement dans la survie \u2014 les individus les plus color\u00e9s ayant de meilleures chances de persister.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>D\u00e9placer le regard<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Comme nous l&rsquo;a soulign\u00e9 Clara, il y a un \u00ab\u00a0enjeu \u00e9thique \u00e0 d\u00e9velopper un imaginaire plus attentif\u00a0\u00bb : consid\u00e9rer que l&rsquo;existence d&rsquo;autres \u00eatres est aussi pr\u00e9cieuse que la n\u00f4tre, accepter que nos existences ne sont pas la seule mani\u00e8re d&rsquo;\u00eatre \u00e0 ce monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9changes ont aussi laiss\u00e9 entrevoir de l\u2019espoir : les animaux s\u2019adaptent, innovent, et font face. Mais les inqui\u00e9tudes restent fortes, avec la chute des insectes et des oiseaux des milieux agricoles.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alors pour Claire une question demeure : \u00ab\u00a0comment mieux s\u2019allier au vivant ?\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0En changeant nos comportements, \u00e0 toutes les \u00e9chelles, et en prenant le temps d\u2019\u00e9couter, de regarder, de passer du temps avec les autres esp\u00e8ces. Et peut-\u00eatre aussi, simplement, en racontant la beaut\u00e9 du vivant, et en faisant en sorte qu\u2019elle circule entre nous\u00a0\u00bb, comme l\u2019ont fait avec brio Claire et Clara lors de cette rencontre.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Pour aller plus loin : quelques recommandations des intervenantes<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Despret V. (2019). Habiter en oiseau. Actes Sud.<\/li>\n\n\n\n<li>Pierron J.P. (2021) Je est un nous : Enqu\u00eate philosophique sur nos interd\u00e9pendances avec le vivant. Actes Sud.<\/li>\n\n\n\n<li>Pignocchi A., Descola P. (2017, 2018) Petit trait\u00e9 d&rsquo;\u00e9cologie sauvage (Tomes 1 et 2). Editions Steinkis.<\/li>\n\n\n\n<li>Yong, E. (2022) Un monde immense : comment les animaux per\u00e7oivent le monde. Actes Sud.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Bibliographie&nbsp;<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Blondel, J., Charmantier, A., Doutrelant, C., Perret, P. (2025) La m\u00e9sange et la chenille. 50 ans d\u2019enqu\u00eate \u00e9volutive. Actes Sud.<\/li>\n\n\n\n<li>Bostr\u00f6m JE, Dimitrova M, Canton C, H\u00e5stad O, Qvarnstr\u00f6m A, \u00d6deen A (2016) Ultra-Rapid Vision in Birds. PLoS ONE 11(3): e0151099. doi:10.1371\/journal.pone.0151099<\/li>\n\n\n\n<li>Dion-Ph\u00e9nix, H., Gingras, G., Doutrelant, C., Charmantier, A., Kembel, S.W. and R\u00e9ale, D. (2025), Aromatic plants, nest bacterial diversity, and nestling condition in Corsican blue tits. Oikos e11620. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/oik.11620\">https:\/\/doi.org\/10.1002\/oik.11620<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Doutrelant C., Gr\u00e9goire A., Grnac N., Gomez D., Lambrechts M. M., Perret P. (2008) Female coloration indicates female reproductive capacity in blue tits, Journal of Evolutionary Biology, Volume 21, Issue 1, 1 Pages 226\u2013233, <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1420-9101.2007.01451.x\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1420-9101.2007.01451.x<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Dutour, M., Suzuki, T.N. &amp; Wheatcroft, D. (2020) Great tit responses to the calls of an unfamiliar species suggest conserved perception of call ordering. Behav Ecol Sociobiol 74, 37 (2020). https:\/\/doi.org\/10.1007\/s00265-020-2820-7<\/li>\n\n\n\n<li>Hall\u00e9 F. (1999). \u00c9loge de la plante. Pour une nouvelle biologie. Editions du Seuil.<\/li>\n\n\n\n<li>Lambrechts, M. M., and A. dos Santos. 2000. Aromatic herbs in Corsican blue tit nests: the potpourri hypothesis. Acta Orn. 21: 175\u2013178.<\/li>\n\n\n\n<li>L\u00f3pez-Idi\u00e1quez D., Teplitsky C., Gr\u00e9goire A., Fargevieille A., del Rey M., de Franceschi C., Charmantier A., Doutrelant C. (2022) <a href=\"https:\/\/www.journals.uchicago.edu\/doi\/abs\/10.1086\/719655\">Long-Term Decrease in Coloration: A Consequence of Climate Change?<\/a> The American Naturalist 200:1, 32-47<\/li>\n\n\n\n<li>Lusseyran J. (2016). Et la lumi\u00e8re fut. Gallimard.<\/li>\n\n\n\n<li>Mennerat, A., Mirleau, P., Blondel, J. et al. Aromatic plants in nests of the blue tit Cyanistes caeruleus protect chicks from bacteria. Oecologia 161, 849\u2013855 (2009). https:\/\/doi.org\/10.1007\/s00442-009-1418-6<\/li>\n\n\n\n<li>Petit, C., Hossaert-McKey, M., Perret, P., Blondel, J. and Lambrechts, M.M. (2002), Blue tits use selected plants and olfaction to maintain an aromatic environment for nestlings. Ecology Letters, 5: 585-589. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1046\/j.1461-0248.2002.00361.x\">https:\/\/doi.org\/10.1046\/j.1461-0248.2002.00361.x<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Sandmeyer L., L\u00f3pez-Idi\u00e1quez D., Fargevieille A., Giovannini P., Perret S., et al. (2025) Disentangling urbanisation, climate effects and their interaction on ornamental colourations. Peer Community Journal, 5, pp.e137. 10.24072\/pcjournal.664.<\/li>\n\n\n\n<li>Svensson, L., Mullarney, K., Zetterstr\u00f6m, D. (2015) Le guide ornitho. Delachaux et Niestl\u00e9.<\/li>\n\n\n\n<li>Wirth, A. (2023). Studying nocturnal activity of single Blue Tits Cyanistes caeruleus using motion-detecting IP Cams. Journal of Ornithology. 164. 10.1007\/s10336-023-02046-y.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le vendredi 13 mars dernier, apr\u00e8s quelques rebondissements, nous avions le plaisir de recevoir Clara Poirier, philosophe de l\u2019environnement, et Claire Doutrelant, \u00e9cologue et directrice de recherche au CNRS (CEFE, Montpellier).&nbsp; La premi\u00e8re s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 des \u00eatres autres qu\u2019humains &hellip; <a href=\"https:\/\/blog.creamontblanc.org?p=6371\">Lire la suite\u00ad\u00ad<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":6387,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"categories":[376,3,5],"tags":[123],"class_list":["post-6371","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-climat-environnement","category-sciences-vivant","category-vie-association","tag-science-sandwich"],"aioseo_notices":[],"amp_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6371","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6371"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6371\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6402,"href":"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6371\/revisions\/6402"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/6387"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6371"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6371"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6371"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}