{"id":6338,"date":"2026-02-03T17:24:17","date_gmt":"2026-02-03T16:24:17","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.creamontblanc.org?p=6338"},"modified":"2026-02-04T09:02:34","modified_gmt":"2026-02-04T08:02:34","slug":"biodiversite-effondrement-stabilite-ou-bouleversement-ce-que-revele-le-debat-scientifique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.creamontblanc.org?p=6338","title":{"rendered":"Biodiversit\u00e9 : effondrement, stabilit\u00e9 ou bouleversement ? Ce que r\u00e9v\u00e8le le d\u00e9bat scientifique"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u201cEt le monde devint silencieux\u201d<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>En septembre 2024, le WWF annonce que l\u2019Indice Plan\u00e8te Vivante, qui mesure l\u2019\u00e9volution de la taille moyenne des populations de vert\u00e9br\u00e9s terrestres, a chut\u00e9 de 73 % depuis 1970. Chaque ann\u00e9e, la Liste Rouge des esp\u00e8ces menac\u00e9es d\u2019extinction, \u00e9tablie par l\u2019UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature), s&rsquo;allonge. Selon l\u2019IPBES, le \u201cGIEC de la biodiversit\u00e9\u201d, un million d\u2019esp\u00e8ces pourraient dispara\u00eetre dans les prochaines d\u00e9cennies. <strong>La litt\u00e9rature scientifique semble ainsi s&rsquo;accorder pour d\u00e9crire un d\u00e9clin massif, largement attribu\u00e9 aux activit\u00e9s humaines<\/strong> : destruction et fragmentation des habitats naturels, changements climatiques, surexploitation des ressources naturelles, pollution et introduction d\u2019esp\u00e8ces invasives.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les scientifiques ne font pas que produire et discuter des preuves entre eux : ils tirent aussi la sonnette d\u2019alarme publiquement<\/strong>. D\u00e8s le XVIIIe si\u00e8cle, Thomas Malthus avertissait qu\u2019une population humaine en croissance exponentielle se heurterait \u00e0 des limites \u00e9cologiques. Au XXe si\u00e8cle, Rachel Carlson d\u00e9non\u00e7ait les effets des pesticides sur la disparition des oiseaux dans son d\u00e9sormais c\u00e9l\u00e8bre <em>Printemps silencieux<\/em>. Plus r\u00e9cemment, le concept de limites plan\u00e9taires a montr\u00e9 que plusieurs seuils critiques du syst\u00e8me Terre ont \u00e9t\u00e9 franchis, dont celui de la biodiversit\u00e9.\u00a0<br>Tout semble donc indiquer un consensus clair : <strong>la biodiversit\u00e9 est en crise<\/strong>. Pourtant, loin de l\u2019image commun\u00e9ment admise d\u2019une catastrophe indiscutable, \u201cle d\u00e9clin global de la biodiversit\u00e9\u201d est aujourd\u2019hui au c\u0153ur d\u2019un d\u00e9bat scientifique d\u2019une ampleur surprenante.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>La remise en cause d\u2019un d\u00e9clin global<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>R\u00e9cemment, les \u00e9tudes de la biodiversit\u00e9 globale ont subi une certaine mutation : suite \u00e0 l\u2019essor d\u2019un grand nombre de donn\u00e9es accessibles en libre acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du globe, les synth\u00e8ses globales reposant sur ces jeux de donn\u00e9es tr\u00e8s riches, bien que tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, fleurissent chaque ann\u00e9e. Seulement, <strong>certaines d\u2019entre elles sugg\u00e8rent que la biodiversit\u00e9 ne serait pas syst\u00e9matiquement en baisse<\/strong>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p class=\"has-text-align-center\"><em><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-virtue-primary-color\">\u201cUn \u00e9quilibre entre gagnants et perdants dans l&rsquo;Anthropoc\u00e8ne\u201d, Dornelas et al., Ecology Letters, 2019<\/mark><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-virtue-primary-color\">\u201cUne m\u00e9ta-analyse r\u00e9v\u00e8le une diminution de l&rsquo;abondance des insectes terrestres, mais une augmentation de celle des insectes d&rsquo;eau douce\u201d, Van Klink et al.,Science, 2020<\/mark><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-virtue-primary-color\">\u201cLes vert\u00e9br\u00e9s rares et communs couvrent un large \u00e9ventail de tendances d\u00e9mographiques\u201d, Daskalova et al., Nature Communications, 2020<\/mark><\/em><\/p>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p>En \u00e9tudiant le nombre de populations* en augmentation contre le nombre de populations en d\u00e9clin, ces \u00e9tudes observent des proportions similaires, et m\u00eame une majorit\u00e9 de cas sans changement apparent.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que ne remettant pas directement et explicitement en cause la crise de la biodiversit\u00e9, <strong>ces \u00e9tudes remettent en cause nos mani\u00e8res de quantifier les changements de biodiversit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du globe<\/strong>, en attaquant les indices globaux, qui masquent des h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du d\u00e9bat, les scientifiques s\u2019indignent des m\u00e9thodes statistiques employ\u00e9es, car avec ces donn\u00e9es tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, il est difficile d\u2019obtenir des informations repr\u00e9sentatives de la biodiversit\u00e9 dans le monde, et d\u2019en tirer une caract\u00e9risation pr\u00e9cise des changements en cours.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>*Pr\u00e9cision importante : Dans ce travail, l\u2019attention se porte principalement sur les changements r\u00e9cents \u00e0 l\u2019\u00e9chelle des populations, c\u2019est-\u00e0-dire des ensemble d\u2019individus d\u2019une m\u00eame esp\u00e8ce partageant un m\u00eame \u00e9cosyst\u00e8me. Il est important de garder \u00e0 l\u2019esprit que cela ne concerne donc pas la biodiversit\u00e9 dans tous ses aspects \u00e0 proprement parler (il est d\u2019usage de d\u00e9finir la biodiversit\u00e9 \u00e0 trois niveaux hi\u00e9rarchiques diff\u00e9rents : la diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique, la diversit\u00e9 sp\u00e9cifique et la diversit\u00e9 des \u00e9cosyst\u00e8mes).<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Lever le voile<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><strong><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-virtue-primary-color\">Mais alors si m\u00eame les scientifiques d\u00e9battent, sur quoi fonder nos repr\u00e9sentations de la crise du vivant ? Comment distinguer le signal du bruit, le diagnostic robuste des artefacts m\u00e9thodologiques ?&nbsp;<\/mark><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont ces questions qui \u00e9taient au c\u0153ur de la th\u00e8se de Ma\u00eblys Bo\u00ebnnec, aujourd\u2019hui charg\u00e9e de m\u00e9diation scientifique au CREA, et qui a pr\u00e9sent\u00e9 ses travaux lors du Science Sandwich du 8 janvier dernier (retrouvez la captation vid\u00e9o <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=0V-soo_1fvE\">ici<\/a> !).<\/p>\n\n\n\n<p>Son travail s\u2019est structur\u00e9 autour de deux grandes questions:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>La premi\u00e8re consiste \u00e0 <strong>lever le voile sur les sources de confusion \u00e0 l\u2019origine des controverses<\/strong> scientifiques sur l\u2019ampleur de la crise : quel est le r\u00f4le des donn\u00e9es, des approches m\u00e9thodologiques dans l\u2019orientation des r\u00e9sultats ?&nbsp;<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>La seconde vise \u00e0 explorer de <strong>nouvelles approches m\u00e9thodologiques<\/strong> pour mieux caract\u00e9riser les dynamiques de populations et d\u00e9passer les limites identifi\u00e9es : les m\u00e9thodes utilis\u00e9es actuellement sont-elles suffisantes pour appr\u00e9hender au mieux les changements ? Que peut-on proposer de novateur et de pertinent d\u2019un point de vue de la conservation ?<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Pourquoi les \u00e9tudes ne racontent pas toutes la m\u00eame histoire<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Pour comprendre l\u2019origine des divergences, une <a href=\"https:\/\/nsojournals.onlinelibrary.wiley.com\/doi\/10.1111\/oik.10732\"><strong>revue de la litt\u00e9rature<\/strong><\/a> scientifique sur les changements temporels de la biodiversit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e. Apr\u00e8s avoir examin\u00e9 plus de 2 000 articles et rapports, Ma\u00eblys et ses coll\u00e8gues ont constitu\u00e9 un corpus de <strong>91 \u00e9tudes cl\u00e9s<\/strong>, dont ils ont extrait des informations sur l\u2019approche employ\u00e9e, les donn\u00e9es utilis\u00e9es, les m\u00e9thodes d\u2019analyse et les conclusions tir\u00e9es. Ils ont regard\u00e9 comment les conclusions \u00e9taient influenc\u00e9es par chaque facteur potentiel.<br><strong>Cette revue montre que les divergences ne rel\u00e8vent pas seulement d\u2019interpr\u00e9tations diff\u00e9rentes, mais aussi de choix m\u00e9thodologiques structurants<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"506\" src=\"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/image-1000x506.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-6339\" srcset=\"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/image-1000x506.png 1000w, https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/image-300x152.png 300w, https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/image-768x389.png 768w, https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/image-1536x778.png 1536w, https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/image.png 1600w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Les trois sources de confusion \u00e9tudi\u00e9es dans l\u2019\u00e9tude parue dans Oikos : l\u2019approche du \u201cglobal\u201d, la nature des donn\u00e9es, et les m\u00e9thodes de quantification. Cr\u00e9dit : Ma\u00eblys Bo\u00ebnnec.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>L\u2019approche du \u201cglobal\u201d<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>L\u2019approche dite \u201c<em>bottom-up<\/em>\u201d agr\u00e8ge des r\u00e9sultats issus d\u2019\u00e9tudes locales, \u00e0 travers des revues ou des m\u00e9ta-analyses, qui ensemble donnent \u00e0 voir une image globale. \u00c0 l\u2019inverse, l\u2019approche \u201c<em>top-down<\/em>\u201d applique une m\u00e9thodologie unique \u00e0 des donn\u00e9es brutes agr\u00e9g\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La revue de la litt\u00e9rature montre que ces deux strat\u00e9gies ne racontent pas la m\u00eame histoire : les analyses \u201c<em>top-down<\/em>\u201d produisent g\u00e9n\u00e9ralement des r\u00e9sultats plus nuanc\u00e9s, tandis que les synth\u00e8ses \u201c<em>bottom-up<\/em>\u201d concluent plus souvent \u00e0 un d\u00e9clin global.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Les donn\u00e9es<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>On sait d\u00e9j\u00e0 qu\u2019il y a des <em>biais taxonomiques et g\u00e9ographiques<\/em> : on a beaucoup plus d\u2019informations sur les vert\u00e9br\u00e9s que sur les invert\u00e9br\u00e9s, et on manque de donn\u00e9es au niveau des tropiques, qui sont pourtant les zones du globe les plus riches en biodiversit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais c\u2019est surtout la <em>couverture temporelle<\/em> des donn\u00e9es qui est d\u00e9terminante. Plus les donn\u00e9es utilis\u00e9es s\u2019\u00e9talent sur une longue p\u00e9riode temporelle, plus les tendances qu\u2019elles r\u00e9v\u00e8lent apparaissent nuanc\u00e9es. \u00c0 l\u2019inverse, les analyses bas\u00e9es sur des p\u00e9riodes courtes peuvent exag\u00e9rer certains signaux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Les m\u00e9thodes de quantification<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Les <em>indices globaux<\/em>, qui synth\u00e9tisent l\u2019\u00e9volution de nombreuses populations en un chiffre unique, concluent plus souvent \u00e0 un d\u00e9clin, alors que les <em>analyses population par population<\/em> mettent en \u00e9vidence des tendances contrast\u00e9es.<br><\/p>\n\n\n\n<p>Au del\u00e0 de ces r\u00e9sultats, cette revue met surtout en lumi\u00e8re un <strong>angle mort majeur<\/strong> : les changements de biodiversit\u00e9 sont presque syst\u00e9matiquement analys\u00e9s \u00e0 l\u2019aide de <strong>mod\u00e8les lin\u00e9aires<\/strong>, alors m\u00eame que<strong> les pressions anthropiques et les r\u00e9ponses \u00e9cologiques sont profond\u00e9ment non lin\u00e9aires<\/strong>. Population humaine, PIB, utilisation d\u2019\u00e9nergie, rejets de CO2 : tous ces \u00e9l\u00e9ments suivent des trajectoires aux allures d\u2019exponentielles (cf le<em>\u201ctableau de l\u2019Anthropoc\u00e8ne\u201d<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"348\" src=\"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/image-2.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-6344\" style=\"width:500px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/image-2.png 500w, https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/image-2-300x209.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>\u201cLe tableau de l\u2019Anthropoc\u00e8ne\u201d : l\u2019ensemble des tendances observ\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du globe montrent une \u201cgrande acc\u00e9l\u00e9ration\u201d (Source : W.Steffen et al. \u00ab The trajectory of the Anthropocene : The Great Acceleration \u00bb, The Anthropocene Review, 2015). Pourtant, les \u00e9tudes sur la biodiversit\u00e9 utilisent des mod\u00e8les lin\u00e9aires (les \u00e9volutions sont consid\u00e9r\u00e9es comme des lignes droites).<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Quand les trajectoires des populations ne sont pas lin\u00e9aires<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Dans la plupart des \u00e9tudes, la dynamique des populations est r\u00e9sum\u00e9e par une tendance simple : <strong>augmentation, d\u00e9clin ou stabilit\u00e9<\/strong>. Pourtant, une population peut cro\u00eetre puis s\u2019effondrer (cas du lynx ci-dessous), d\u00e9cliner puis se r\u00e9tablir (cas de la sarcelle ci-dessous), ou osciller dans le temps (cas du phoque). Ces trajectoires complexes sont invisibles dans les approches lin\u00e9aires.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"335\" src=\"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/image-1-1000x335.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-6341\" srcset=\"https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/image-1-1000x335.png 1000w, https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/image-1-300x101.png 300w, https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/image-1-768x257.png 768w, https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/image-1-1536x515.png 1536w, https:\/\/blog.creamontblanc.org\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/image-1.png 1600w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Trois exemples de trajectoires de populations (\u00e9volution du nombre d\u2019individus dans le temps) qui seraient consid\u00e9r\u00e9es comme \u201cstables\u201d avec un mod\u00e8le lin\u00e9aire. Pourtant, les lynx \u00e9voluent de mani\u00e8re \u201cconcave\u201d (augmentation puis d\u00e9clin), les sarcelles de mani\u00e8re \u201cconvexe\u201d (d\u00e9clin puis augmentation), et les phoques fluctuent dans le temps. Cr\u00e9dit : Ma\u00eblys Bo\u00ebnnec.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Pour pallier ce probl\u00e8me, Ma\u00eblys et ses coll\u00e8gues ont utilis\u00e9 des mod\u00e8les non lin\u00e9aires pour caract\u00e9riser les trajectoires de pr\u00e8s de <strong>6 500 populations de vert\u00e9br\u00e9s \u00e0 travers le globe<\/strong>. Ces mod\u00e8les ont permis d\u2019avoir 9 cat\u00e9gories de trajectoire au lieu des 3 usuelles (augmentation &#8211; d\u00e9clin &#8211; stabilit\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9sultats de <a href=\"https:\/\/onlinelibrary.wiley.com\/doi\/10.1111\/ddi.13932\">cette \u00e9tude<\/a> montrent que :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>45 % des trajectoires sont non lin\u00e9aires<\/strong>. Environ 30 % des populations sont en d\u00e9clin, 30 % en augmentation, et 40 % pr\u00e9sentent des trajectoires complexes, ou sans tendance claire.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Les trajectoires telles que pr\u00e9sent\u00e9es sur la figure ci-dessus repr\u00e9sentent 20% de l\u2019ensemble. C\u2019est un r\u00e9sultat qui souligne l\u2019importance d\u2019une approche non lin\u00e9aire, car cela signifie que <strong>20% des populations consid\u00e9r\u00e9es comme stables peuvent en r\u00e9alit\u00e9 pr\u00e9senter des augmentations ou des d\u00e9clins r\u00e9cents<\/strong> !&nbsp;<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Dans une seconde partie de cette \u00e9tude, Ma\u00eblys et ses coll\u00e8gues ont \u00e9tudi\u00e9 la r\u00e9partition g\u00e9ographique de ces dynamiques \u00e0 travers le globe : sont-elles concentr\u00e9es \u00e0 un endroit en particulier ? Concernent-elles des groupes particuliers (seulement les oiseaux ou les mammif\u00e8res par exemple) ? Les r\u00e9sultats montrent que <strong>ces dynamiques se retrouvent sur l\u2019ensemble de la plan\u00e8te, indiff\u00e9remment des r\u00e9gions ou des groupes \u00e9tudi\u00e9s<\/strong>.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les messages cl\u00e9s issus de ce travail<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><strong><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-virtue-primary-color\">La complexit\u00e9 globale : un risque pour la conservation<\/mark><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La diversit\u00e9 des dynamiques observ\u00e9es sugg\u00e8re qu\u2019aucun facteur unique, aucune r\u00e9gion, aucun groupe d\u2019esp\u00e8ces ne peut expliquer \u00e0 lui seul les changements de biodiversit\u00e9. Si l\u2019approche globale a \u00e9t\u00e9 essentielle pour placer la biodiversit\u00e9 sur l\u2019agenda politique international, elle comporte aussi des risques. <strong>En abordant la biodiversit\u00e9 globalement, on risque d\u2019effacer les sp\u00e9cificit\u00e9s locales, historiques, sociales. Concr\u00e8tement, cela ne donne pas toujours les cl\u00e9s pour conserver la biodiversit\u00e9 \u00e0 une \u00e9chelle locale, et ne permet pas d&rsquo;appr\u00e9hender toute la complexit\u00e9 \u00e0 ce niveau.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-virtue-primary-color\">Repenser le r\u00f4le de la science dans la soci\u00e9t\u00e9. <\/mark><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La science de la conservation n\u2019est pas neutre : elle produit des r\u00e9cits, oriente les politiques publiques et structure nos repr\u00e9sentations. <strong>Nommer les causes des changements (choix politiques, mod\u00e8les \u00e9conomiques) est une responsabilit\u00e9 scientifique autant que politique.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-virtue-primary-color\">Repenser la notion de \u201cbiodiversit\u00e9 globale\u201d<\/mark><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9duire la biodiversit\u00e9 \u00e0 un nombre d\u2019esp\u00e8ces ou \u00e0 un indice synth\u00e9tique est une simplification trompeuse. La biodiversit\u00e9 est un processus dynamique, qui inclut les interactions \u00e9cologiques, la diversit\u00e9 fonctionnelle et g\u00e9n\u00e9tique, et les trajectoires temporelles. La quantification comporte un pi\u00e8ge : celui de la \u201cquantophr\u00e9nie\u201d, la tendance \u00e0 confondre une chose (ici la biodiversit\u00e9) avec sa mesure. Peut-on vraiment compenser la disparition d\u2019une esp\u00e8ce par l\u2019augmentation d\u2019une autre dans un indice global ? Peut-on r\u00e9duire le vivant \u00e0 une moyenne statistique ? <strong>D\u2019un point de vue \u00e9thique, chaque disparition devrait nous \u00e9mouvoir, ind\u00e9pendamment des agr\u00e9gations globales.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Comprendre pour agir<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Ce travail s\u2019inscrit dans une r\u00e9flexion plus large sur la mani\u00e8re dont nous parlons de la crise \u00e9cologique. Comme le passage de \u201cr\u00e9chauffement climatique\u201d \u00e0 \u201cchangements climatiques\u201d a permis de mieux saisir la diversit\u00e9 des ph\u00e9nom\u00e8nes en jeu, il est peut-\u00eatre temps de passer du \u201cd\u00e9clin de la biodiversit\u00e9\u201d aux \u201c<strong>bouleversements de la biodiversit\u00e9<\/strong>\u201d. La crise du vivant n\u2019est pas seulement une chute uniforme, mais une transformation profonde, h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne et politiquement situ\u00e9e des \u00e9cosyst\u00e8mes.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u201cEt le monde devint silencieux\u201d En septembre 2024, le WWF annonce que l\u2019Indice Plan\u00e8te Vivante, qui mesure l\u2019\u00e9volution de la taille moyenne des populations de vert\u00e9br\u00e9s terrestres, a chut\u00e9 de 73 % depuis 1970. 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