Éclosions tardives pour les mésanges

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L’équipe du CREA Mont-Blanc continue sa tournée hebdomadaire des nichoirs à Vallorcine. Les premiers œufs ont éclos, 12 jours plus tard que l’année dernière. Pourquoi un tel décalage ? Éclairages en trois questions.

 

Oisillons âgés de 1 jour dans le nichoir 22 © MBison
Oisillons âgés de 1 jour dans le nichoir 22 © MBison

 

Il faut 14 jours de couvaison en moyenne pour que les oisillons de mésange noire éclosent. Le 24 mai à Vallorcine, nous avons observé les premiers poussins, âgés de 1 jour, dans le nichoir 22. Comparée à l’année dernière, cette date est bien tardive. La première éclosion de 2015 datait du 13 mai : douze jours d’écart qui témoignent de la plasticité des mésanges, cette capacité à adapter leurs dates de ponte aux variations de leur environnement.

 

Quels sont les facteurs à l’origine des variations de date d’éclosion ?
Parmi les indices que les mésanges utilisent pour décider de leur date de ponte, nous pouvons entre autres citer la température, la durée du jour, la pluviométrie, et dans notre cas alpin, très certainement la durée d’enneigement. Bien que ces facteurs à l’origine de ces variations fassent toujours l’objet de recherches, il est cependant montré que c’est leur combinaison qui influence les dates de ponte et ainsi les dates d’éclosion.

 

Comment la température joue-t-elle un rôle sur les dates de ponte ?
La température influence directement la phénologie des arbres, c’est à dire leurs rythmes saisonniers, et ainsi la phénologie des chenilles – principale ressource alimentaire des oisillons –. Les mésanges doivent adapter leur date de ponte afin que l’éclosion des oisillons coïncide avec le pic d’abondance des insectes. Si ce n’était pas le cas, une désynchronisation entre les dates d’éclosion et l’abondance des ressources entraînerait une baisse de la survie des jeunes et impacterait ainsi les densités de population.

 

Mésange adulte observée à côté de son nid
Mésange adulte observée à côté de son nid © MBison

 

La température influence-t-elle la phénologie des mésanges noires du Massif du Mont-Blanc ?
Ceci reste à prouver. En comparant les températures des mois d’avril 2016 et 2015, nous observons que celles du mois d’avril 2016 étaient en moyenne plus basses d’environ 3°C par rapport à celles de 2015, sachant que nous avons enregistré cette année une température moyenne de 5°C au mois d’avril à Vallorcine. Bien que l’hiver fut doux et le printemps précoce, la vague de froid observée dans le courant du mois d’avril 2016 pourrait être en partie responsable du décalage des dates de ponte et d’éclosion observé.

D’une part, nous pouvons supposer que pour résister au froid du mois d’avril, les mésanges ont préféré investir leur temps dans l’accumulation de réserves plutôt que dans l’investissement coûteux en énergie de la reproduction, décalant ainsi les premières pontes.

D’autre part, nous émettons aussi l’hypothèse que le froid ayant ralenti le développement de la végétation, les mésanges auraient décidé de pondre plus tard afin que l’éclosion des oisillons coïncide avec le pic de végétation et donc d’insectes.

Nous ne pouvons établir de conclusions définitives et robustes à partir de seulement deux années et d’un seul paramètre climatique, et il nous faut donc analyser des données à plus long terme en intégrant d’autres facteurs environnementaux comme la durée d’enneigement. L’un des objectifs du CREA Mont-Blanc est de caractériser les paramètres climatiques servant d’indices aux mésanges et de comprendre ainsi comment les mésanges s’adaptent au changement climatique.

 

Rédaction : Marjorie Bison

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