Le réchauffement climatique et son impact sur le manteau neigeux dans les Alpes

Ce mardi a eu lieu le 3ème Science Sandwich du CREA Mont-Blanc à Chamonix. Pendant une heure, une quinzaine de personnes ont échangé avec Geoffrey Klein, climatologue, sur l’évolution de l’enneigement dans les Alpes. Plongez-vous dans l’ambiance du Science Sandwich de ce mois de mars.

Évolution du manteau neigeux dans les Alpes © GKlein
Évolution du manteau neigeux dans les Alpes © GKlein

Mardi 20 mars de 12h30 à 13h30 a eu lieu le Science Sandwich « Le réchauffement climatique et son impact sur le manteau neigeux dans les Alpes ». Geoffrey Klein, climatologue en thèse de doctorat (Université de Neuchâtel et WSL) et collaborateur scientifique du CREA Mont-Blanc, a présenté ses travaux sur le manteau neigeux dans les Alpes suisses face aux variations climatiques.

Climat VS Météo

Dans une ambiance conviviale, Geoffrey Klein annonce dans un premier temps la différence entre climat et météo. La distinction est primordiale pour poser les bases du débat de ce midi et permet d’éviter les clichés. La climatologie est la science qui permet de comprendre le climat et les évènements météorologiques qui se sont passés ces dernières décennies et d’imaginer ceux qui vont se produire dans les décennies à venir (études statistiques). La météorologie quant à elle s’intéresse aux conditions climatiques en cours, à l’échelle de quelques jours ou semaines, à des fins prédictives.

Geoffrey Klein précise également que lorsque l’on parle de réchauffement climatique, il ne s’agit pas d’un phénomène linéaire dans le temps, avec une augmentation progressive des températures année après année. De fortes variations des températures de l’air d’une année ou d’une saison sur l’autre ont toujours existé, ce qui est également valable pour la couverture neigeuse : ce n’est pas parce qu’il y a beaucoup de neige au sol cette année à Chamonix que l’enneigement ne diminue pas globalement depuis les dernières décennies

L’impact du changement climatique dans les Alpes

Lors d’une présentation rythmée par les questions de la salle, Geoffrey Klein a apporté différentes clés pour mieux comprendre l’impact du changement climatique dans les Alpes. Après des généralités sur le fonctionnement du climat de la Terre, il a commencé par aborder l’évolution des températures dans les Alpes au cours du siècle dernier et le lien avec les évolutions du manteau neigeux, pour finir par ouvrir le débat aux conséquences sur les écosystèmes et aux stratégies des gestionnaires de territoires pour s’adapter.
Quantité et qualité de la neige : du skieur au climatologue

Les travaux de recherche de Geoffrey Klein l’ont particulièrement amené à s’intéresser à un paramètre du manteau neigeux encore méconnu à moyenne et haute-altitude dans les Alpes : sa saisonnalité (date de début, de fin et durée de la saison continue d’enneigement). Il a étudié des masses importantes de données générées depuis 50 ans et a donné aux participants un aperçu des conséquences du réchauffement climatique sur le manteau neigeux.

 

Évolution du manteau neigeux dans les Alpes suisses au-dessus de 1200 m depuis 1970 © GKlein

 

Si on sait que le ratio pluie/neige dans les précipitations hivernales évolue fortement (les précipitations arrivent plus fréquemment sous forme de pluie que de neige), le chercheur a montré que depuis 1970 dans les Alpes suisses, le manteau neigeux diminue quelle que soit la région et l’altitude (au-dessus de 1100 m d’altitude), à la fois en épaisseur et surtout en durée, avec une perte de près de 40 jours de couverture neigeuse au sol en près de 50 ans.

La neige, paramètre clé pour la végétation

Les relations entre le manteau neigeux et la végétation sont très étroites. Le démarrage de la croissance de la végétation alpine au printemps est intimement lié aux paramètres climatiques. Il existe une relation directe entre le réveil de la végétation et la fonte de la neige, les températures de l’air et les températures du sol.

Lorsque le manteau neigeux disparait, après un délai d’environ 15 jours calculé grâce à des algorithmes dédiés (accumulation de 100 degrés jours), la végétation démarre. Quand la fonte des neiges est plus précoce, donc à une période plus froide de l’année, ce délai tend à augmenter. Les plantes ont alors besoin de plus de temps pour accumuler des 100 degrés jours nécessaires à leur développement.

Autre challenge pour les plantes : plus la neige fond tôt, plus le risque d’exposition des plantes alpines au gel tardif lors de leur période de vulnérabilité (au moment de leur démarrage) est important et peut mettre en danger la plante. Néanmoins, le risque reste inchangé depuis 1970, cette fois grâce au réchauffement climatique : l’augmentation des températures pendant la même période a compensé en partie l’exposition au gel tardif.

 

Rédaction : Charlotte Mader et Geoffrey Klein


Pour en savoir plus, les publications scientifiques (anglais) :

Klein, G., Vitasse, Y., Rixen, C., Marty, C., Rebetez, M. Shorter snow cover duration since 1970 in the Swiss Alps due to earlier snowmelt more than to later snow onset. Climatic Change. doi:10.1007/s10584-016-1806-y.

Vitasse, Y., Rebetez, M., Filippa, G., Cremonese, E., Klein, G., Rixen, C. ‘Hearing’ alpine plants growing after snowmelt: ultrasonic snow sensors provide long-term series of alpine plant phenology. International Journal of Biometeorolgy. doi:10.1007/s00484-016-1216-x

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